La surveillance biologique des expositions aux
substances chimiques
Nouvel outil d'évaluation de l'exposition toxique
professionnelle
Ce document fait la synthèse de plusieurs articles
parus depuis environ dix ans.
Dr François Muller
(AST67)
Introduction
Définition
Les méthodes d'évaluation
de l'exposition à des produits chimiques et leur place
Les indicateurs
biologiques d'exposition
Modalités
des prélèvements biologiques
Interprétation des résultats
Conclusion
Liens utiles
Bibliographie
Dernière mise à jour juin 2008
Introduction
La surveillance biologique des expositions aux substances chimiques
de l'environnement professionnel est un sujet en plein développement,
en raison de l'apparition de stratégies nouvelles en hygiène
industrielle et environnementale, de l'évolution rapide et constante
des connaissances dans ce domaine, de la modification régulière
des valeurs limites biologiques d'exposition internationales et de l'apparition
récente de valeurs guides utilisables en France.
Elle fait partie intégrante de la prévention primaire
en identifiant et quantifiant l'exposition avant l'apparition de phénomènes
pathologiques.
Ces dosages biologiques apportent également leur contribution
à l'évaluation des risques environnementaux pour l'homme
par la mise en place de programmes de surveillance biologique des populations
exposées à des polluants dans l'alimentation ou dans l'atmosphère.
Synonymes :
-
Surveillance biologique de l'exposition : biométrologie, biomonitoring,
monitorage ou monitoring biologique
-
Indice biologique d'exposition (IBE) : indicateur biologique, marqueur
biologique, valeur biologique de référence, Biological Exposure
Indice (BEI aux EU), Biologischer Arbeitsstoff Toleranzwert (BAT en Allemagne)
|
|
Place de la surveillance biologique (T.S. 11 - 92)
|
Définition
La surveillance biologique d'exposition consiste à mesurer dans
les milieux biologiques (tissus, excrétions, sécrétions
ou air expiré) de travailleurs exposés à des produits
chimiques des Indicateurs Biologiques d'Exposition qui peuvent
être
-
soit le toxique lui-même,
-
soit un ou plusieurs de ses produits de transformation ou métabolites.
Ces milieux sont principalement le sang et l'urine; parfois la salive ou
l'air expiré.
Selon la nature du toxique et son devenir dans l'organisme, le résultat
de l'analyse reflète soit une exposition récente aiguë,
soit une exposition chronique cumulative. A noter que certaines substances
sont éliminées rapidement, tandis que d'autre se fixent dans
les tissus ou les organes, parfois de façon définitive.
La surveillance biologique peut aussi s'appuyer sur la mesure d'Indicateurs
Biologiques d'Effets, réalisée sur les mêmes
milieux biologiques mais qui traduisent, cette fois,
-
soit la réponse de l'organisme (mécanisme d'adaptation ou
de compensation),
-
soit des altérations de ses mécanismes de défense.
On parle aussi d' Indicateurs Biologiques de Susceptibilité,
traduisant la capacité innée ou acquise d'un personne à
répondre de façon spécifique à une substance
contaminante. Ceci est encore du domaine de la recherche.
Par contre, la surveillance biologique n'est pas destinée à
mesurer des effets nocifs ou à diagnostiquer une pathologie professionnelle.
Les méthodes
d'évaluation de l'exposition à des produits chimiques
et leur place
Ces méthodes diffèrent selon que le contaminant est :
-
volatil :
-
mesures d'ambiance
-
mesures biologiques
-
non volatil :
-
mesures biologiques essentiellement (exception pour les poussières
: exemple le plomb)
La surveillance de l'exposition d'un ou plusieurs individus peut donc être
abordée
de plusieurs façons :
-
d'une façon globale par la surveillance des atmosphères de
travail, c'est-à-dire par la mesure des concentrations du produit
dans l'environnement de travail, témoin de l'exposition externe
du sujet;
-
les résultats de ces prélèvements sont comparés
à des normes de référence (VLE - valeur limite d'exposition
- pour des durées inférieures ou égales à 15
minutes; VME - valeur moyenne d'exposition - pour une période de
référence de 8 heures)
-
en démarche de prévention collective, ces résultats
peuvent permettre également d'évaluer l'efficacité
des dispositifs d'assainissement de l'air mis en place.
-
d'une façon individuelle,
-
par la mesure chez l'individu lui-même de la quantité de substance
reçue : c'est le domaine de la surveillance biologique de l'exposition.
-
par la détection des effets toxiques, c'est à dire
de la réponse de l'organisme à la présence ou à
l'action de l'agent chimique. Il s'agit alors de ce qu'on appelle plus
précisément la surveillance biologique des effets d'une exposition
professionnelle à un agent chimique toxique, c'est-à-dire
la mise en évidence d'effets qui ne se sont pas encore manifestés
par un état pathologique, mais qui sont des signes précoces
de réponse de l'organisme (modification d'un paramètre hématologique,
augmentation d'activité enzymatique, perturbation d'un métabolisme
mise en évidence au niveau urinaire, anomalies chromosomiques).
Cette approche, longtemps privilégiée en surveillance médicale,
devrait être complétée voire supplantée à
l'avenir par les indicateurs biologiques d'exposition
Le but de ces méthodes d'exposition est à la fois préventif,
épidémiologique et quelquefois médico-légal.
|
|
Interrelations d'après F.Conso (1997)
|
Les
Indicateurs Biologiques d'Exposition (IBE)
Les I.B.E. en France et ailleurs :
Équivalents biologiques des valeurs limites atmosphériques,
les IBE n'ont pas, du moins en France, de caractère réglementaire.
Il s'agit de valeurs conseils dont la définition et l'interprétation
peuvent varier selon les pays, à l'exception du cas particulier
de la plombémie.
-
Aux États-Unis, la référence depuis 1946 est le BEI
(Biological Exposure Indice). Les valeurs de ces BEI sont proposées
par les hygiénistes de l'ACGIH (American Conference of Governmental
Industrial Hygienists). Elles correspondent aux niveaux auxquels les paramètres
sont les plus susceptibles de se situer dans les milieux biologiques de
travailleurs en bonne santé, après une exposition à
des concentrations égales à la valeur limite atmosphérique.
Elles sont définies pour une exposition de 8 heures, 5 jours par
semaine.
-
Le BAT (Biologischer Arbeitsstoff Toleranzwert) est la valeur biologique
de référence par corrélation avec les valeurs MAK
(équivalent de la VLE) proposée depuis 1971 par les hygiénistes
allemands de la DFG (Deutsche Forschungsgemeinschaft). Elle a une signification
différente puisqu'elle correspond à la quantité maximale
tolérable dans l'organisme humain d'une substance industrielle (ou
de ses métabolites) qui, d'après l'état actuel des
connaissances scientifiques, n'affecte pas la santé des travailleurs,
même si les conditions de travail sont telles que cette quantité
se trouve régulièrement atteinte.
On ne sera donc pas surpris que des différences sensibles apparaissent
entre les valeurs retenues pour une même substance. L'ACGIH retient,
par exemple, 5 micro grammes/litre pour le cadmium sanguin contre 15 pour
le DFG.
-
En France, ces indicateurs biologiques sont apparus pour la première
fois en 1974 lors de la création du tableau de MP n° 64 pour
la réparation des affections liées au CO (un taux de CO sanguin
supérieur à 1,5 ml/100 ml est exigé pour la reconnaissance
des manifestations en tant que maladie professionnelle indemnisable). L'arrêté
du 5 avril 1985 fait mention d'indicateurs biologiques d'exposition pour
la surveillance des salariés exposés aux amines aromatiques,
mais sans indication de normes biologiques. Par contre le décret
du 1 février 1988 concernant la protection des travailleurs exposés
au plomb métallique et à ses composés fait largement
référence à l'indicateur biologique d'exposition qu'est
la plombémie, et précise le taux où un retrait du
poste de travail s'impose.
En dehors du cas du plomb, les mesures biologiques d'exposition ne
sont pas des critères d'aptitude.
Des valeurs guides sont recommandées en France et ont été
élaborées à partir des valeurs américaines
et de l'expérience française dans ce domaine par le Groupe
scientifique pour la surveillance des atmosphères de travail. Le
document élaboré expose les principes de base de cette surveillance
: objectifs de la surveillance biologique, signification des IBE, modalités
des prélèvements, interprétation des résultats.
La dernière mise à jour du document date de fin 1997.
Rôle du médecin du travail :
La mise en oeuvre de la surveillance biologique incombe à la
médecine du travail. C'est le médecin du travail qui suit
le personnel, prescrit les examens et en reçoit les résultats.
Selon le cas, les analyses peuvent concerner tout ou partie du personnel
; certaines nécessitent d'être renouvelées.
Comme on le verra plus loin, on distingue des indicateurs pour lesquels
le prélèvement est effectué avant le poste, après
le poste ou en fin de semaine.
Différents facteurs extérieurs (état de santé
ou mode de vie du salarié, prise de médicament, possibilité
d'exposition extra professionnelle,...) peuvent interférer et doivent
être pris en compte.
C'est dire toute la difficulté de la surveillance biologique.Compétent
pour en établir les modalités, le médecin du travail
est également à même d'en interpréter correctement
les résultats, lesquels sont strictement couverts par le secret
médical.
Lorsque la surveillance biologique objective une exposition à
risque, c'est également au médecin du travail qu'il revient,
en concertation avec les responsables concernés, de proposer les
mesures qui s'imposent pour changer les habitudes ou améliorer les
postes de travail, la ventilation locale, la protection ou l'hygiène
individuelle.
Complémentaire des techniques traditionnelles - essentiellement
la surveillance atmosphérique - la surveillance biologique présente
sur cette dernière certains avantages :
-
La concentration des substances dans l'air des lieux de travail varie souvent
au cours du temps. Ces variations se retrouvent de façon plus ou
moins atténuées dans les milieux biologiques et les IBE peuvent
ainsi tenir compte d'expositions cumulatives.
Elle peut éventuellement représenter le seul moyen de
surveillance, quand par exemple, les mesures de concentrations atmosphériques
ne sont pas représentatives du risque réel, ou devant des
situations de travail particulières (travail en espace clos, efforts
physiques intenses avec hyperventilation, déplacements des travailleurs
au sein d'une même usine ou sur des chantiers)
-
La surveillance biologique intègre toutes les voies d'exposition
: aérienne, mais aussi orale ou cutanée. Le passage à
travers la peau est très souvent ignoré ou sous estimé,
comme lors d'exposition à des substances non volatiles (éthers
de glycol, amines aromatiques) alors que les concentrations atmosphériques
sont très faibles
-
Elle peut aussi, sur le plan individuel, être un moyen complémentaire
pour contrôler l'efficacité des mesures de prévention
vis-à-vis du risque chimique.
-
La surveillance biologique de l'exposition peut être effectuée
à posteriori, ce qui est un avantage notable lors de certaines campagnes
de prélèvement (suite à un incident de fabrication
par exemple).
-
La surveillance biologique peut se révéler plus économique
en temps et en moyen que la surveillance atmosphérique.
-
Par contre, elle prend en compte les différentes sources d'exposition,
même en dehors des situations de travail (exemple du plomb qui peut
être contenu dans l'alimentation, l'eau de boisson ou dans l'environnement
urbain).
La surveillance biologique peut ainsi venir en complément d'une
surveillance atmosphérique lorsque les concentrations du toxique
dans l'air dépassent un certain seuil, lorsque les conditions sont
telles que des mesures dans l'air ambiant ne seraient pas représentatives,
ou encore lors d'expositions exceptionnelles.
Permettant d'apprécier l'exposition globale, elle peut s'avérer
préférable lorsque l'absorption orale ou cutanée se
révèlent importantes. Les médecins du travail peuvent
s'aider du Guide BIOTOX qui traite de plus de 100 polluants (dosages disponibles,
fiches de nuisance chimique, liste des laboratoires).
La surveillance biologique détecte l'exposition et l'imprégnation
de l'individu.
Elle médicalise l'approche de la prévention et entraîne
un nécessité d'une information complète des salariés.
Les visites successives imposées par les prélèvements
et par la transmission de leurs résultats sont autant d'occasions
de contact avec le médecin du travail qui se doit d'informer personnellement
chacun des risques encourus et des mesures préventives prises ou
à prendre. Le commentaire des analyses, de leurs variations éventuelles,
représente un excellent support pédagogique à l'éducation
sanitaire du personnel.
Elle peut ainsi permettre une évaluation des mesures préventives
adoptées.
Une observation collective et anonyme des IBE pour des groupes définis
de travailleurs exposés peut être une contribution utile à
la gestion du risque.
Modalités
des prélèvements biologiques
Chercher Quoi ? Où ? Quand ? Ceci impose de connaître l'évolution
du produit dans le corps (toxicocinétique, métabolisme).
Le strict respect du protocole est aussi important que la comparaison
à la valeur chiffrée proposée.
Les prélèvements doivent être effectués dans
des conditions rigoureuses d'hygiène, pour éviter tout risque
de contamination externe, qui fausserait la valeur de l'IBE.
-
Lorsque le sang est recueilli en vue d'effectuer des dosages de substances
chimiques volatiles, il faut tenir compte de la différence de concentration
entre le sang artériel et le sang veineux, due à l'absorption
pulmonaire. En l'absence d'indications contraires, les IBE relatifs aux
substances chimiques volatiles s'appliquent au sang veineux et ne sauraient
s'appliquer au sang capillaire.
-
En ce qui concerne les prélèvements urinaires, ce sont les
variations du volume des urines qui affectent le plus les résultats.
Les IBE pour les substances dont l'excrétion dépend de la
diurèse sont exprimés par rapport à la créatinine.
Les urines très diluées ou très concentrées
ne sont généralement pas utilisables pour la surveillance
et il faut effectuer de nouveaux prélèvements.
Le moment du prélèvement doit être conforme
aux indications données.
En effet, la distribution et l'élimination d'une substance chimique
ou de ses métabolites, tout comme les modifications biochimiques
provoquées par l'exposition à cette substance, sont des phénomènes
cinétiques.
Selon la demie-vie du contaminant étudié, on distingue
:
-
les indicateurs pour lesquels le prélèvement est effectué
:
-
"avant le poste" (soit après 16 heures sans exposition professionnelle),
-
"pendant le poste" ou "en fin de poste" (soit pendant les 2 dernières
heures de l'exposition professionnelle) : contaminant caractérisé
par une élimination rapide (demi-vie inférieure à
5 heures). Il n'y a pas d'accumulation dans l'organisme et, par conséquent,
seules les périodes d'exposition et de post-exposition immédiate
conditionnent de façon critique le moment de prélèvement;
-
"à la fin de la semaine de travail" (après 4 ou 5 jours de
travail consécutifs avec exposition professionnelle) : contaminant
à demi-vie supérieure à 5 heures. Il se produit une
accumulation dans l'organisme au cours de la semaine de travail ; les expositions
antérieures sont donc très importantes pour le choix du moment
de prélèvement.
Pour les substances chimiques dont l'élimination se fait en plusieurs
phases, le moment de prélèvement est donné en fonction
de l'exposition quotidienne (sur un poste) et sur la semaine;
-
les indicateurs pour lesquels le moment de prélèvement n'a
pas d'importance : les demi-vies sont très longues. Les substances
s'accumulent dans l'organisme au cours des années, certaines pour
la vie du sujet. Après quelques semaines d'exposition, il est possible
d'évaluer ces indicateurs à n'importe quel moment.
Interprétation
des résultats
Les résultats des analyses sont interprétés par
comparaison à des valeurs de référence.
Lors de l'interprétation des données fournies par la surveillance
biologique, il faut tenir compte des différences intra-et interindividuelles
quant au niveau des indicateurs biologiques pour les mêmes conditions
d'exposition professionnelle. Ces différences sont dues à
la variabilité de nombreux facteurs, considérés ci-dessous.
Il est nécessaire d'effectuer plusieurs prélèvements
pour réduire l'influence de ces facteurs.
Résultats individuels ou peu nombreux
Les résultats nominatifs des analyses effectuées dans
des milieux biologiques relèvent du secret médical. De façon
générale, l'interprétation de données personnelles
doit être réservée au médecin, à qui
en incombe la responsabilité.
Dans la pratique, la taille des groupes exposés dans des conditions
définies peut ne pas permettre l'obtention de données nombreuses,
voire qu'un ou deux individus seulement puissent être suivis. Un
mesurage isolé d'un indicateur biologique n'est en général
pas directement exploitable et ne permet qu'une appréciation ponctuelle.
On privilégie alors un suivi dans le temps, en répétant
les prélèvements dans des conditions identiques à
intervalles déterminés (par exemple une série de prélèvements
avant une modification des dispositions de protection, et une autre après)
: c'est la variation relative des valeurs qui pourra être utile.
Dans tous les cas, il convient d'essayer d'expliquer ce qui a pu être
à l'origine d'une valeur anormalement basse ou élevée.
La surveillance biologique de plusieurs individus peut confirmer les
résultats du contrôle individuel de l'exposition par inhalation,
mais lorsqu'il y a disparité entre les résultats, il faut
examiner avec attention l'ensemble des facteurs conditionnant ces résultats
pour trouver une explication. Cependant, si les mesurages réalisés
dans les prélèvements biologiques d'un travailleur sont constamment
supérieurs aux IBE de référence ou si la plupart des
résultats relatifs à un groupe travaillant sur un même
lieu sont supérieurs aux IBE de référence, il faut
rechercher la cause de ce dépassement et prendre les mesures appropriées
pour réduite l'exposition.
Ensembles de données
Sur le plan collectif, cette surveillance biologique permet de cerner
des groupes à risque de façon plus précise que la
surveillance de l'exposition mais aussi de déterminer des groupes
homogènes d'exposition.
Quand un ensemble de données est rendu anonyme de telle façon
qu'il ne soit pas possible d'en déduire un ou plusieurs résultats
individuels, il peut être étudié par toute personne
compétente ou tout groupe de personnes (par exemple CHSCT) au service
de la prévention (mesures complémentaires de prévention,
études statistiques ... ).
Limites à l'interprétation des résultats
La surveillance biologique (IBE) peut confirmer les résultats
des contrôles d'ambiance(VME, VLE), mais lorsqu'il y a disparité
entre les résultats, il faut examiner avec attention l'ensemble
des conditions d'exposition pour trouver une explication.
La disparité entre les données obtenues par le contrôle
d'ambiance et la surveillance biologique, résulte de la variabilité
introduite par les facteurs suivants :
-
mise en oeuvre de la méthode: contamination ou détérioration
des échantillons au cours du prélèvement, de la concentration
(par exemple, rôle des stabilisants utilisés pour la conservation
de l'urine) ou de l'analyse, variation de solubilité entre espèces
chimiques apparentées, biais propres aux méthodes analytiques
choisies;
-
conditions de travail: intensité de la charge physique de
travail (entraînant une hyperventilation), fluctuation de l'intensité
de l'exposition, pénétration cutanée, température
et humidité, présence concomitante d'autres substances chimiques,
port de protections individuelles
-
état physiologique et état de santé du travailleur
: constitution physique, patrimoine génétique, alimentation
(apport en eau et en lipides), composition des milieux biologiques, âge,
sexe, gestation, état pathologique,
-
différences entre modes de vie: activités extra professionnelles,
hygiène personnelle, habitudes de travail et d'alimentation, tabagisme,
consommation d'alcool et de médicaments, autres expositions (produits
domestiques, activités de loisirs, autre poste de travail) ;
-
environnement : contaminants de l'eau et de l'alimentation, pollution
de l'atmosphère générale et de celle du domicile.
L'incidence de ces facteurs doit être évaluée cas
par cas. La consommation d'alcool ou de médicaments, l'exposition
concomitante à une autre substance chimique peuvent modifier la
relation entre l'intensité de l'exposition professionnelle et le
niveau de l'indicateur biologique en modifiant soit ce niveau, soit le
métabolisme ou la cinétique d'élimination de la substance
considérée. La littérature fournit des données
spécifiques sur les effets de ces facteurs.
Les IBE ne permettent pas d'établir une distinction nette entre
une exposition dangereuse et non dangereuse. Du fait des variations biologiques,
les valeurs mesurées chez un individu peuvent être supérieures
aux IBE sans qu'il y ait pour autant un risque accru pour la santé.
Une intervention corrective ne doit pas être déclenchée
au vu d'un résultat anormal isolé mais sur la base d'anomalies
observées sur plusieurs échantillons.
Il est souvent nécessaire d'effectuer plusieurs prélèvements
pour réduire l'influence des facteurs de variabilité.
Ainsi dans la plupart des cas, les BEI ne doivent être utilisées
que comme valeur moyenne d'un groupe exposé et non pour un travailleur
isolé.
Conclusion
La surveillance biologique de l'exposition constitue un progrès
de la démarche préventive dans des situations d'exposition
professionnelle à des substances chimiques. Complémentaire
de la surveillance de l'environnement, elle permet d'affiner l'évaluation
de l'exposition des salariés au risque chimique lors du travail.
La surveillance biologique peut :
-
déterminer s'il y a eu un risque d'absorption par voie cutanée
et/ou par voie digestive
-
venir à l'appui des contrôles d'exposition dans l'air des
lieux de travail
-
permettre d'évaluer l'efficacité des équipements de
protection collective ou individuelle
-
déceler une exposition autre que professionnelle
L'interprétation des résultats reste un point délicat
de ce moyen de prévention du fait de la variabilité qui s'attache
à toute analyse biologique sur le vivant.
Bibliographie
-
Indices biologiques d'exposition. ND 2245-202-06, Cahiers de Notes Documentaires,
1 ème trimestre 2006, n° 202, pp. 49-66.
-
La surveillance biologique de l'exposition aux produits chimiques. Travail
et Sécurité, 2004, n° 641, pp.8-10.
-
Surveillance biologique : vers un nouveau dispositif de recueil urinaire.
Document
pour le médecin du travail, 2003, n° 93, pp. 35-53.
-
F.Pllière. Surveillance biologique de l'exposition professionnelle
: nouveaux développements à l'occasion de la réédition
du guide BIOTOX. Journée INRS à Paris le 19 mars 2002. Documents
pour le médecin du travail, 2002, n° 91, pp. 269-272.
-
M.T. Blondeau et O.Schneider. Indices biologiques d'exposition. ND 2154-184-01.
Cahiers
de notes documentaires, 2001, n° 184, pp. 39-54.
-
M.T. Brondeau et O.Schneider. Indicateurs biologiques d'exposition. Valeurs
guides applicables aux États-Unis et en Allemagne. Cahiers de
notes documentaires, 1999, n° 174, pp. 79-92.
-
M.T. Brondeau et O.Schneider. Indicateurs biologiques d'exposition. Principes
de base et valeurs-guides utilisables en France. Cahiers de notes documentaires,
1997,
n° 169, pp. 589-595.
-
F.Conso. La surveillance biologique, outil essentiel pour la prévention.
Conférence le 19 novembre 1997 à l'INRS de Nancy.
-
Ferrier V. Surveillance biologique : une nouvelle frontière. Travail
et Sécurité, 1997, n° 11, pp. 13-18
-
Conférence européenne de toxicologie environnementale à
Munich, 16-18 juin 1993. Marqueurs biologiques d'exposition aux substances
chimiques. Documents pour le médecin du travail, 1993, n°
55, pp. 283-286
-
Pillière F., Rousselin. La surveillance biologique des expositions
aux substances chimiques.
Travail et Sécurité, 1992, n° 11, pp. 626-630.
-
Groupe scientifique pour la surveillance des atmosphères de travail.
Indicateurs biologiques d'exposition. Documents pour le médecin
du travail, 1992, n° 52, pp. 493-496.
-
F.Pierre. Surveillance biologique, de la théorie à la pratique.
Cahiers
de notes documentaires, 1989, n° 136, pp. 469-475.
-
Limasset J.C., Ducos P. Utilisation des indicateurs biologiques pour l'évaluation
des expositions professionnelles : un point de vue. Cahiers de notes
documentaires, 1988, n° 133, pp. 667-671
Liens utiles
- BIOTOX.
Guide biotoxicologique pour les médecins du travail. Inventaire des
laboratoires effectuant des dosages biologiques de toxiques industriels. Édition
INRS, 2002, ED 791.
- Valeurs
toxicologiques de référence : méthodes d'élaboration
(document de l' InVS
Institut de Veille Sanitaire)
- Indicateurs biologiques d'exposition. (dossier
INRS)
- Monitoring biologique de l'exposition aux substances industrielles (Unité
de toxicologie industrielle et environnementale, Cliniques Universitaires
St Luc, Bruxelles) : le biomonitoring de différents
produits toxiques est détaillé.
La surveillance biologique des expositions aux substances chimiques
Nouvel outil d'évaluation de l'exposition toxique professionnelle
Les informations contenues dans ce dossier engagent la seule responsabilité
du ou des auteurs
Cette page appartient au site d'AST67
Vous pouvez télécharger et diffuser ces pages mais veuillez
mentionner le site d'AST67 et le nom de l'auteur.
Si vous avez des commentaires ou des suggestions permettant d'améliorer
ce document d'informations,
veuillez contacter l'auteur de ce document