B.
Effets des rayonnement ionisants sur l’Homme
1)
Les effets déterministes ou non aléatoires
2)
Effets tératogènes
3)
Effets aléatoires ou stochastiques
C.
Principes de radio-protection
1)
Unités de mesure en radioprotection
2)
catégories A et B du personnel
3)
mesures réglementaires administratives et techniques de prévention
D. Surveillance de l’exposition
F.
Conduite à tenir en cas d’exposition
1)
en cas contamination externe
2)
en cas de contamination interne
Dernière mise à jour juillet 2007
II. le risque
radiologique en laboratoire d'analyses médicales
Le problème du risque radiologique ne touche qu’un petit nombre
de laboratoires d’analyses médicales. Ce chapitre ne concerne que
le risque radiologique dans les laboratoires réalisant des examens
in vitro à visée diagnostique. Ces services souvent rattachés
aux services de médecine nucléaire des hôpitaux universitaires,
très peu de laboratoires privés utilisant encore les techniques
de radio-immunologie. les progrès des techniques ELISA, mais aussi
des impératifs économiques ont rendu ce risque quasiment
marginal en laboratoire d’analyse biomédicales. En revanche, les
laboratoires de recherches et d’enseignement, en particulier au sein des
hôpitaux universitaires, continuent d’utiliser des radio-éléments.
Les activités totales manipulées sont néanmoins beaucoup
plus faibles qu’aux premiers temps de la radio-immunologie.
Les radioéléments couramment utilisés sont l’iode 125 et le tritium, toujours en sources non scellées, c’est-à-dire non contenus dans des enveloppes étanches et disséminables, en grande partie pour les dosages hormonaux (bilans thyroïdiens, de stérilité, de croissance et de la fonction endocrine du pancréas.) La biologie moléculaire utilise plus volontiers du 32P et du 35S.
La manipulation de radioéléments en source non scellées expose donc au risque de d’irradiation et de contamination. :
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période (demi-vie) |
particules émises |
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Iode 125
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II A
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Tritium
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III
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Ce chapitre est inspiré du cours de l'Institut de médecine du travail de Rennes.
1) Les effets déterministes ou non aléatoires
Ils apparaissent dès que la dose reçue dépasse une valeur seuil. Ce sont en général des effets précoces dus à des pertes cellulaires. Les effets diffèrent selon que l'irradiation est globale ou partielle, que la dose reçue l'a été en une seule fois (irradiation aiguë) ou en plusieurs fois (irradiation chronique).
- Dose comprise entre 0,3 et 1 Gray : Chute discrète du nombre des lymphocytes, difficile à apprécier. Elle est spontanément réversible. Il y a peu de signes cliniques chez la plupart des individus, parfois quelques signes neurovégétatifs avec asthénie, céphalées, nausées.
- Dose comprise entre 1 et 2 Grays : Nausées, vomissements, céphalées débutent dans les 6 heures qui suivent l'exposition et peuvent durer 24 à 48 heures. Il y a une chute précoce du nombre des lymphocytes qui ne dépasse pas 50% du taux initial et dont le chiffre reste supérieur à 1000 lymphocytes par mm3. On note une dépression transitoire et retardée des autres lignées sanguines. Le sujet doit être hospitalisé pour surveillance. La guérison est de règle, le plus souvent sans aucun traitement.
- Dose comprise entre 2 et 5 Grays : Nausées, vomissements, apparaissent dans les 2 heures. Puis surviennent : asthénie intense, hyperthermie possible, chute rapide du nombre des lymphocytes dont le taux est inférieur à 50% du taux initial soit inférieur à 1000 lymphocytes par mm3 dès les premières heures. Cette latence clinique est mise à profit pour éradiquer les foyers infectieux. Un dosage des anticorps anti-CMV sera effectué. La reprise évolutive est dominée par l'aplasie médullaire et ses conséquences cliniques, constituant la phase critique du 15 ème au 30ème jour. La guérison est la règle sous réserve d'une traitement hématologique bien conduit.
- Dose comprise entre 5 et 15 Grays : En plus des syndromes prodromique et hématopoïétique qui sont majeurs, s'ajoute un syndrome viscéral gastro-intestinal avec nausées, vomissements, diarrhées et hémorragies digestives. En l'absence de greffe de moelle, la mort est quasi certaine.
- Dose supérieure à 15 Grays : Il apparaît des troubles neurologiques et cardiaques, les réactions cutanées sont précoces. Aucun traitement n'est efficace et le sujet meurt en moins de 48 heures.
* Entre 12 et 20 Grays : épidermite exsudative. (Le temps de survenue des lésions est d'environ 3 semaines)
* Au delà de 25 Grays : nécrose de la peau.
* Au delà de 10 Grays, des séquelles importantes sont rencontrées : atrophie d'un segment cutané ou muqueux, télangiectasies, dyskératose, dyschromatose… mais aussi troubles fonctionnels avec douleurs, troubles de la sensibilité, de la vascularisation ou de la mobilité.
Les cellules germinales testiculaires sont très radio sensibles.
Une dose de 4 Grays suffit pour entraîner une stérilité
définitive. Une hypospermie de plusieurs mois peut se voir pour
une dose de 0,2 Gray. Mais les cellules de Sertoli sont très radiorésistantes,
il n’y aura ni impuissance ni diminution des hormones. Les ovaires ont
une radiosensibilité inférieure à celle des testicules
et qui varie avec l'âge. La stérilité survient pour
des doses supérieures à 8 Grays.
- Effets sur l'œil
La partie la plus sensible de l'œil est le cristallin. Une radio exposition peut entraîner une cataracte
survenant dans un délai variable : plus de 5 ans pour des doses inférieures à 2 Grays, 1 an pour des doses supérieures à 10 Grays. On peut voir également :
* des conjonctivites traînantes et des syndromes secs oculaires,
* des kératites.
Les glandes endocrines sont en général assez résistantes
sauf la thyroïde pour laquelle les effets pourront être retardés
de 10 à 15 ans avec l'apparition d'une hypothyroïdie.
Les effets varient en fonction du stade de développement du fœtus.
- En cas de grossesse méconnue, les conséquence sont fonction de l'âge du fœtus et des doses reçues :
* entre 0,1 et 0,2 Gray : attitude à discuter avec les parents en fonction du contexte familial et clinique.
* doses supérieures à 0,2 Gray : une interruption thérapeutique de grossesse peut être conseillées.
Ils ne concernent que certains individus au hasard et sont indépendants de la dose. Ils vont atteindre soit le sujet lui-même soit sa descendance. Leur temps de latence est de plusieurs années.
1)
Unités
de mesure en radioprotection
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Activité |
Une source est caractérisée
par l'activité du radioélément, c’est-à-dire
le nombre de noyaux qui se désintègrent spontanément
par seconde. L'unité de mesure de la radioactivité est
le Becquerel (Bq) qui correspond à une désintégration
par seconde.
(Le curie (Ci) correspond à l'ancienne unité de radioactivité (1Ci = 37GBq). C'est la radioactivité d'un gramme de radium.) |
|
Dose absorbée |
C'est la quantité d'énergie communiquée par le rayonnement à la matière traversée par unité de masse. Elle se mesure en Gray (Gy) (anciennement le rad (1 Gy = 100 rad). |
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Equivalent de dose efficace |
À dose égale, les effets biologiques sont différents selon la nature du rayonnement et selon les tissus exposés. L'équivalent de dose efficace se calcule en Sievert (Sv), (anciennement le rem (1 Sv = 100 rem). |
|
Débit de dose |
C'est la dose reçue par unité de temps. Elle s'exprime en Gy/s ou en Sv/s. On le mesure à l’aide d’un dosimètre ou d’un stylodosimètre. |
2) catégories A et B du personnel
La législation est fondée sur le principe que l'exposition
aux rayonnements ionisants doit se situer à un niveau aussi bas
que possible. Afin de déterminer le suivi des travailleurs exposés,
l'employeur est tenu de les classer en catégories selon le niveau
d'exposition susceptible d'être atteint dans les conditions normales
de travail :
| personnel de catégorie A |
personnel de catégorie B |
| travailleurs directement affectés à des travaux sous rayonnements ionisants susceptibles de recevoir une dose efficace supérieure 6 mSv par an ou une dose équivalente supérieure à 45 mSv (cristallin) ou à 150 mSv (peau, mains, avants-bras, pieds, chevilles) | autres travailleurs exposés aux rayonnements
ionisants.
|
| ou 1 mSv par grossesse |
|
Comment en pratique classer le personnel ?
Quatre méthodes ont été proposées :
- analyser les résultats des contrôles d’ambiance, dont les données ne doivent être considérées que comme des ordres de grandeurs ;
- pratiquer des évaluations individuelles au poste de travail, au moyen de détecteurs thermoluminescents placés en différents endroits du corps (surface, peau, poignets, gonades, thyroïde…), et se référer aux valeurs limites annuelles de la réglementation pour classer les postes en A ou en B, en tenant compte de la fréquence des opérations réalisées.
- en cas d’exposition interne aux radioéléments en
sources non scellées, l’évaluation est plus difficile et
fait appel à l’anthropogammamétrie ou les radio-toxicologies
urinaires (v. plus loin). Les résultats doivent être exprimés
en fraction des limites annuelles d’activité incorporée (LAI).
Des études d’ambiance peuvent aussi être menées pour
connaître l’activité volumétrique par mètre
cube d’air des radioéléments manipulés, les résultats
devant être exprimés en fonction des limites dérivées
de concentration dans l’air (LDCA).
Lorsqu’un laboratoire abrite des sources de rayonnements ionisants, des mesures réglementaires doivent être prises :
- information et formation des travailleurs sur les risques encourus,
- présence d'une personne compétente ayant bénéficié d'une formation particulière chargée de veiller au respect des mesures de protection, de participer à la formation des travailleurs, d'effectuer les analyses.
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zone contrôlée |
zone surveillée |
| d'accès réglementé, s'étendant
aux lieux
où l'exposition des travailleurs dans les conditions normales de travail est susceptible de dépasser 3/10 des limites fixées (classement en catégorie A du personnel) |
où l'exposition des travailleurs dans les conditions normales de travail est susceptible de dépasser 1/10 des limites annuelles fixées |
|
- évaluation individuelle de l'exposition, moyens de décontamination, vérification à chaque sortie de zone, - protection des travailleurs contre les expositions interne et externe, - contrôle des sources, des appareils de protection, - stockage et transports sont réglementés. |
|
La surveillance de l’exposition radiologique est systématique pour le personnel classé en catégorie A et en catégorie B pour l’utilisation de radioéléments en sources non scellées à des fins médicales. Les résultats doivent être adressés au médecin du travail qui les mets à disposition des salariés.
- La surveillance de l’exposition interne est plus délicate
: la dosimétrie individuelle n’est pas efficace. Aussi le médecin
du travail a-t-il recours à des examens complémentaires en
fonction de l’importance de l’exposition : l’anthropogammamétrie
en cas de radioéléments émetteurs gamma , une radio-toxicologie
urinaire de 24 h dans les autres cas.
La surveillance médicale du personnel soumis aux rayonnement ionisants est une surveillance médicale spéciale très réglementée (décret du 2/10/1986 et arrêté du 28/08/1991) :
- obligation d‘un examen médical préalable à l’affectation. Cet examen doit comprendre :
* l’estimation des expositions radiologiques antérieures, professionnels et extra-professionnelles ;
* un examen clinique orienté vers la recherche de pathologies hématologiques, rénales, pulmonaires, dermatologiques, hépatiques ;
* des examens complémentaires, avec obligatoirement un hémogramme et une radiographie pulmonaire, préalablement à l’affectation. L’opportunité d’autres examens sont laissés à l’appréciation du médecin du travail : EFR, examens ORL (recherche de perforations tympaniques susceptibles de constituer une solution de continuité de la barrière cutanée vis-à-vis des radioéléments) ou ophtalmologiques (recherche d’une cataracte). La fréquence de tous ces examens complémentaires est laissée à l’appréciation du médecin du travail.
- en cas de dépassement des limites annuelles, l’employeur
est tenu de faire examiner le travailleur
Lors de la manipulation de radio-éléments en petite quantité, le risque est essentiellement la contamination interne et externe, c’est-à-dire :
- ou la pénétration de radio-éléments dans l’organisme, par des voies d‘entrée comparables à celles des agents biologiques.
La gravité d’une telle contamination dépend notamment du type de radio-élément : le 35S se lie de manière covalente à la kératine et est donc difficile à détacher, alors que le 32P se lave plus facilement. L’ 125I a un tropisme élevé pour la thyroïde. Le 3H est faiblement radio-toxique, sauf lorsqu’il est incorporé à des nucléotides.
1) en cas contamination externe
contrôler la zone suspecte : il est important de localiser tout d’abord la zone contaminée à l’aide du compteur Geiger. Celui-ci devra être passé suffisamment près (quelques centimètres) du corps, des vêtements sans oublier les chaussures (le 35S se fixe très bien sur le cuir), des lunettes, des gants et des surfaces de travail. si cette opération est effectuée par un tiers, il est nécessaire de porter des gants, à contrôler avant de les jeter.
pré-décontamination immédiate : lavages répétés (2 ou 3) au savon des parties contaminées avec séchages (serviettes en papier à contrôler avant de les jeter). Si une radioactivité résiduelle persiste, une décontamination au service médicals’impose.
décontamination au service médical : 3 ou 4 lavages doux aux pâtes lavantes professionnelles (exemple : Trait Vert), ou au lugol pour une contamination à l’iode. Si la contamination persiste, on enduit les mains d’une pommade émolliente (ex. : Osmogel) et on fait porter des gants en latex étanches (fixés aux poignets par du sparadrap) pendant une nuit. Sinon, on protège la peau par une crème adoucissante pour éviter son dessèchement après ces lavages répétés.
contamination du visage : protéger les cheveux et les orifices avant de laver le visage. Faire moucher (garder le mouchoir et le faire contrôler), et laver les narines au sérum physiologique à l’aide d’un coton-tige. Se rincer la bouche si nécessaire et laver les cheveux soigneusement s’il sont contaminés. Les couper si la contamination persiste.
vêtements et objets contaminés : les garder dans un sac plastique étanche et les stocker pour décroissance.
2) en cas de contamination interne : il s’agit d’une urgence médicale
S’il existe une autre urgence médicale ou chirurgicale concomitante, les traiter en priorité bien sûr.
L’appel au service médical ou aux urgences doit être systématique. Des examens en vue de déterminer la gravité de la contamination doivent être entrepris : anthropogammamétrie, radio-toxicologies urinaires ou des selles. une contamination estimée à 1/10ème des valeurs professionnelles limites ne donnent pas lieu à plus de mesures. Sinon, des traitement spécifiques seront mis en œuvre par un médecin spécialiste et un protocole de surveillance sera établi par le médecin du travail.
Contamination par l’iode radioactif : administration urgente
de 130 mg d’iodure de potassium afin de saturer la thyroïde.
Organismes à contacter :
IRSN
Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire
Institut Curie
01 44 32 40 00
Hôpital des armées PERCY
01 41 46 60 00
| Dernière mise à jour : | 20 juillet 1998 |
| Document réalisé par : | Pr Alain Cantineau, chef du service de pathologie professionnelle des
Hôpitaux Universitaires de Strasbourg
Thomas Perrin, médecin du travail |