Prévention des affections professionnelles
dans les laboratoires d'analyses médicales
Pr Alain Cantineau - Thomas Perrin

 I. LE RISQUE BIOLOGIQUE
 
A. définition et classification des agents
         1) définition des agents biologiques
         2) classification des agents biologiques

     B. les voies de pénétration
         1) la voie aérienne
         2) la voie cutanéo-muqueuse
         3) la voie digestive

 C. prévention technique du risque biologique
         1) règles élémentaires d’hygiène
         2) les postes de sécurité microbiologiques : PSM
         3) les niveaux de confinement biologiques

 D. la prévention médicale du risque biologique
         1) la surveillance médicale spéciale
         2) la prophylaxie vaccinale
         3) les mesures médicales après accident d'exposition au sang
         4) réparation des maladies professionnelles

   E. le rôle du CHSCT et l’importance croissante du CLIN
         1) le CHSCT
         2) les CLIN
         3) le GBEA
 
Dernière mise à jour juillet 2007



I. le risque biologique

 

L’enquête SUMER de 1994 recensait plus de 1,2 millions de salariés exposés au risque biologique en France, dont 19000 travaillent en laboratoire d’analyse.

L’apparition de nouvelles pathologies, leur diffusion à une population de plus en plus nombreuse, comme pour le SIDA et l’hépatite C, le recours plus fréquent aux examens complémentaires biologiques incitent constamment à faire le point sur la sécurité en laboratoire. Les recrudescences de pathologies autrefois en déclin, comme la tuberculose, la diphtérie, inquiétantes par leur mode de transmission, comme les fièvres hémorragiques africaines, ou posant encore trop d’inconnues comme les encéphalopathies à prions renforcent ce soucis.

Les mesures de prévention sont de plus en plus techniques et priment sur la surveillance médicale du personnel. Les politiques de prévention des risques professionnels s’internationalisent et se transcrivent rapidement en droit nationaux

Le risque biologique en laboratoire d’analyse est dominé par le risque infectieux (les deux autres composantes du risque biologique, les risques allergiques et toxiniques, sont peu représentés au laboratoire). Celui-ci, résulte de la confrontation entre l’organisme et la multitude d’agents pathogènes susceptibles de rentrer en contact avec lui. Les caractéristiques de l’agent biologique, sa virulence mais aussi son mode d’entrée dans l’organisme et son interaction avec les défenses du sujet vont être déterminants dans l’apparition d’une pathologie. Les moyens de prévention mis en œuvre au sein du laboratoire, lorsqu’ils respectent les recommandations très strictes existant dans ce domaine, diminuent aujourd'hui considérablement ce risque. Leur observance doit être le souci de chacun.

 


A. définition et classification des agents biologiques

Prévenir un risque, c'est d’abord le connaître : afin d’harmoniser la lutte contre les risques biologiques, l’OMS, puis l’Union européenne ont élaborés des définitions et une classification précises des agents biologiques. Traduite en droit français dans le décret n°94-352 du 4 mai 1994 (JO du 6 mai 1994), cette classification réglementaire sert également de base aux principes des mesures de confinement biologique abordées plus loin.

 

1) définition des agents biologiques

On entend par

Agents biologiques : les micro-organismes, y compris les micro-organismes génétiquement modifiés, les cultures cellulaires et les endoparasites humains susceptibles de provoquer une infection, une allergie ou une intoxication.

Micro-organisme : une entité microbiologique, cellulaire ou non, capable de se reproduire ou de transférer du matériel génétique.

Culture cellulaire : le résultat de la croissance in vitro de cellules isolées d’organismes multicellulaires.

2) classification des agents biologiques

 
 

 
groupe 1
    

agents biologiques non susceptibles de provoquer une maladie chez l’homme

 
groupe 2
  agents biologiques pouvant provoquer une maladie chez l’homme et constituer un danger pour les travailleurs ; leur propagation dans la collectivité est peu probable ; il existe généralement une prophylaxie ou un traitement efficaces  
 
groupe 3
  agents biologiques pouvant provoquer une maladie grave chez l’homme et constituer un danger sérieux pour les travailleurs ; leur propagation dans la collectivité est possible, mais il existe généralement un e prophylaxie ou un traitement efficaces  
 
groupe 4
  agents biologiques qui provoquent des maladies graves chez l’homme et constituent un danger sérieux pour les travailleurs ; le risque de leur propagation dans la collectivité est élevé ; il n’existe généralement ni prophylaxie ni traitement efficaces  
Il existe ainsi quatre tableaux classant les bactéries, les virus, les parasites et les champignons. Les prions ont été qualifiés d’agents transmissibles non conventionnels et ont également fait l’objet d’une classification particulière en ce sens qu’elle tient compte des souches et de la nature des manipulations.
  Quelques exemples :

groupe 2 : borelia, chlamydia trachomatis, staphyllocoque doré, adénovirus, virus de la varicelle, de la grippe, entamoeba histolytica, schistosomes, aspergillus fumigatus, trichophytons, typage de souches stabilisées de prions...

groupe 3 : bacillus anthracis, brucella melitensis, chlamydia psittaci, salmonella typhi, virus de la fièvre jaune, de l’encéphalite à tiques, HIV, HBV, echinococcus, plasmodium falciparum, typages de souches humaines de prions...

groupe 4 : virus lassa, machupo, ebola, variole...

 


B. les voies de pénétration

 

On décrit classiquement trois types de voies de pénétration des agents biologiques dans l’organisme en milieu professionnel :

1) la voie aérienne

C’est la principale voie d’entrée des agents biologiques, mais aussi la plus insidieuse, qu’elle se fasse par aérosols inhalés ou par ingestion accidentelle.

Entre 1987 et 1991, 10 % des tuberculoses professionnelles déclarées à l’AP-HP sont survenues chez des laborantins qui ne représentes pourtant que 4 % des effectifs (Florentin). Les aérosols générés par les centrifugeuses non fermées ou ouvertes avant leur arrêt complet, ou les vortex à tubes non bouchés, sont mal quantifiables et leur virulence est difficile à établir. Néanmoins, le risque existe en pratique : 8 laborantins ont développé une brucellose aiguë 6 semaines après décongélation d’un isolat de brucella melitensis provenant d’un patient hospitalisé 3 ans plus tôt. On a également décrit des cas de tuberculose par les gaines d’aération d’un laboratoire. Le non-respect des règles élémentaires d’hygiène suffit malheureusement souvent à expliquer un bon nombre de contaminations : manger dans le laboratoire, fumer (2 cas de tuberculose décrits), porter ses mains à la bouche sans les avoir lavées sont autant d’erreurs à ne pas commettre.

 

2) la voie cutanéo-muqueuse

Elle se décompose en trois catégories :

- effraction cutanée (piqûre ou coupure accidentelles, projections sur une peau lésée) : HIV, HBV, HCV, tuberculose cutanée d’inoculation ;

- projection sur une muqueuse ;

- projection sur la peau saine : cette voie est suspectée pour les leptospires et HSV.

En ce qui concerne le risque VIH, une note d'information DGS/DH/DRT n° 666 du 28 octobre a répertorié les séroconversions HIV d’origine professionnelles : " Le premier cas de contamination professionnelle par le VIH a été rapporté en 1984. Depuis cette date, et jusqu’en 1996, 79 cas de séroconversion prouvée après accident professionnel ont été rapportés chez des professionnels de santé, dans les pays industrialisés :

- en France, un recensement réalisé en décembre 1995 a permis de comptabiliser 10 séroconversions certaines;

- aux Etats-Unis, les CDC (Center for Disease Control) reconnaissent, actuellement, 46 cas de personnels soignants ayant séroconverti après une exposition professionnelle;

- 16 autres cas ont été rapportés par des pays d'Europe, 3 par l'Afrique du Sud et 4 par l'Australie.

La majorité (76) de ces 79 contaminations rapportées est le fait de piqûres ou blessures. Les cas par projection cutanéo-muqueuse sont beaucoup plus rares (6 cas). Les études prospectives menées auprès du personnel soignant exposé à du sang infecté par le VIH ont permis de chiffrer le risque de transmission à 0,32 % [0,18 % - 0,46 %] après une exposition percutante. Un seul cas de séroconversion après projection sur les muqueuses ou sur la peau lésée a été observé dans ces études prospectives de cohorte, et le risque serait de 0,03 % [0,006 % - 18 %].

Le risque de transmission est directement lié à la profondeur de la blessure, à l'utilisation d'une aiguille creuse souillée de sang et ayant été utilisée en intraveineux ou intra-artériel direct, ainsi qu'à la quantité de virus circulant chez le sujet infecté. Il est rappelé qu'une exposition professionnelle est définie par un contact avec du sang ou un liquide contaminé par le VIH, lors d'une piqûre avec une aiguille, d'une coupure avec un objet tranchant ou par un contact avec du sang ou du liquide contaminé sur une plaie, une peau non intacte ou une muqueuse.

Toutefois, à ce jour, si le VIH a également été retrouvé dans le sperme, les sécrétions vaginales, le lait, les liquides amniotique, péricardique, péritonéal, pleural, synovial ou céphalo-rachidien, aucun cas de séroconversion, après exposition à de tels liquides, n'a jamais été rapporté. Dans la salive, les larmes, l'urine, les selles, les sécrétions nasales, la sueur, le virus est habituellement indétectable ou en concentration trop faible pour entraîner une contamination.

Seul le sang ou des liquides biologiques contenant du sang ont été à l'origine de cas prouvés de contaminations professionnelles par le VIH. "

 

Le tableau récapitulatif ci-dessous reprend ces chiffres et les compare à ceux estimés pour les virus de l’hépatite C et B (source : D. Abiteboul et le groupe " risques professionnels " pur le rapport " prise en charge des patients atteints par le VIH ")

 
 

 
virus
Risque de transmission 
 

Risque après :

 
 
Risque selon le type de liquide :
 
 
exposition cutanée
contact muqueux ou peau lésée
 
Prouvé
Possible
Nul
VHB
2-40 %
non quantifié mais probablement élevé par rapport au VHC et VIH
 
sang et liquides contenant du sang
sperme, sécrétions vaginales, salive
urines, selles
VHC
2.1 %
non quantifié mais plausible
sang
liquides contenant du sang, sperme, sécrétions vaginales, salive
urines, selles
VIH
0.32 %
0.04%
sang et liquides contenant du sang
 
sperme, sécrétions vaginales, LCR, liquide pleural, amniotique
 
salive, urines
  une étude menée à l’AP-HP de 1990 à 1992 par le GERES (groupe d’étude sur le risque d’exposition au sang) a montré que sur 3160 accidents d’exposition au sang, 116 sont survenus chez des techniciens de laboratoire.
 
3) la voie digestive

Toujours due à une défaillance dans les mesures d’hygiène individuelle (défaut de lavage des mains) ou à des erreurs techniques (pipetage à la bouche).

 


C. prévention technique du risque biologique

 

- La prévention du risque biologique est par principe primaire : éviter le contact entre les agents biologiques et l’homme par les mesures d’hygiène élémentaires d’une part et techniques d’autre part.

Les mesures techniques sont représentées à l’échelle du poste de travail par le PSM (poste de sécurité microbiologique) et à l’échelle des locaux par les niveaux de confinement biologiques.

 

1) règles élémentaires d’hygiène

Les consignes pratiques de sécurité sont les suivantes :

1. tout prélèvement doit être considéré comme potentiellement contaminé, dans tous les services, pour tous les patients.

2. le re-capuchonnage et la désadaptation manuelle des aiguilles sont des causes fréquentes de piqûres accidentelles et doivent être proscrits.

3. les aiguilles doivent être jetées dans des conteneurs spéciaux imperforables qui doivent permettre de les désadapter.

4. les bons d’examens devraient être isolés des prélèvements lors de leurs transferts et ceux-ci devraient être placés dans des conditionnements étanches.

5. Les actes de manipulation des prélèvements ne devraient pas se faire dans les mêmes zones, sur les mêmes paillasses que les actes propres.

6. les gants deviennent, dès leur usage, objets contaminants et devraient être retirés (et les mains lavées) avant tout acte propre, tel que l’utilisation d’un téléphone, l’ouverture d’une porte, l’écriture ou la frappe.

7. boire, fumer, manger, se maquiller dans les secteurs où sont manipulés des prélèvements est interdit.

8. les vêtements et objets personnels doivent être protégés du contact avec les prélèvements.

9. certaines opérations à risque (éclaboussures, transvasement...) devraient nécessiter le port de lunettes de protection et d’un masque.

2) les postes de sécurité microbiologiques : PSM

Un PSM est un poste de travail destiné à assurer la protection de l’opérateur et de l’environnement contre les dangers liés aux aérosols dans la manipulation de substances biologiquement actives, infectées ou dangereuses.

Il existe trois types de PSM en fonction des objectifs de protection souhaités :

 
 

PSM I
PSM II
PSM III
  

- protection du manipulateur par la création d’un flux d’air entrant dans l’enceinte ; 

  

  

 - protection de l’environnement par filtration de l’air de l’enceinte à travers un filtre à très haute efficacité ; 

- le produit manipulé n’est par contre pas protégé puisqu’en contact avec l’air du laboratoire.

  

- protection du manipulateur par une aspiration créée au bord avant du plan de travail (barrière immatérielle entre lui et le produit manipulé) ; 

  

 - protection de l’environnement par filtration de l’air de l’enceinte à travers un filtre à très haute efficacité ; 

- protection du produit manipulé par un flux d’air descendant préalablement filtré à travers un filtre à très haute efficacité. Cette protection diminue également les contaminations croisées entre deux produits manipulés simultanément.

  

- protection du manipulateur, totalement en dehors de l’enceinte dans la quelle est manipulé le produit par l’intermédiaire de gants (manchons souples terminés par des gants) ; 
 

- protection de l’environnement par filtration de l’air de l’enceinte à travers deux filtres à très haute efficacité en série ;  

- protection du prélevement puisque non en contact avec l’air du laboratoire. Absence de protection contre les contaminations croisées car absence de flux laminaire dans l’enceinte.

  La réglementation française ne fait préciser que de façon vague le type de PSM à utiliser en fonction du groupe de pathogénicité des agents biologiques. La réglementation britannique en revanche, qui applique la même classification des agents biologiques, spécifie que les PSM I et II ne doivent pas être utilisés pour manipuler des micro-organismes du groupe 4, ce pour quoi les PSM III sont faits. Conseils d’utilisation des PSM : - ne pas allumer les lampes UV plus d’un quart d’heure avant l’utilisation (risque de détérioration des matériaux du PSM) ;

- mettre l’appareil en marche au moins 15 min. avant de travailler ;

- nettoyer avant et après chaque utilisation les paillasses (alcool à 70°)

- n’utiliser que du matériel stérile ;

- ne pas perturber le flux laminaire (pas de bec bunsen, éviter les mouvements brusques et rapides, ne pas encombrer le plan de travail) ;

- faire effectuer les opérations d’entretien par un spécialiste (contrat d’entretien pour les opérations sur les filtres après décontamination formol) ;

- les filtres sont des déchets biologiques et doivent être incinérés)

3) les niveaux de confinement biologiques

Toujours dans l’objectif de protéger le personnel de laboratoire et l’environnement, un arrêté du 13 août 1996 (JO du 7/9/96) fixe les mesures techniques de confinement des laboratoires. Bien que cette réglementation s’applique plus aux laboratoires de recherche, la connaissance des grands principes de confinement est nécessaire, l’évolution des moyens de protection des laboratoires d’analyse se faisant à la hausse.

Il existe trois niveaux de confinement (P2, P3 et P4) correspondant respectivement à l’utilisation d’agents biologiques des groupes 2, 3 et 4.

Les mesures techniques concernent :

Le détail de ces mesures est résumé en annexe.

 


D. la prévention médicale du risque biologique

 

1) la surveillance médicale spéciale

        Pour certains risques spécifiques, des protocoles de surveillance ont ainsi été élaborés. L’exposition au HIV en laboratoire de virologie de niveau P3 (manipulation de grandes quantités de virus à des fins de recherche) implique ainsi la réalisation avec l’accord des salriés, d’une sérologie à l’embauche, renouvellée tous les 6 mois, dans le respect de l’anonymat.

 

2) la prophylaxie vaccinale

 

Les indications des vaccinations du personnel de laboratoires sont en constante évolution. Elles sont soit d’ordre obligatoire, soit recommandées. Elles ne remettent pas en cause le principe de primauté de la prévention technique individuelle et collective du risque biologique. Toutes ces vaccinations, même obligatoires, sont soumises à l'accord du salarié après information claire et précise de son médecin du travail.

 

Le personnel des laboratoires d’analyses médicales sont soumis à l’obligation vaccinale contre :

- le tétanos ;

- la poliomyélite (vaccin injectable) ;

- la diphtérie ;

- l’hépatite B (2 injections à 1 mois d'intervalle, rappel 5 à 12 mois plus tard. Sérologie de contrôle si la primo-vaccination a eu lieu à un âge de lus de 25 ans : les anticorps anti-HBs doivent être supérieurs à 10 mUI/ml. Si ce contrôle est inférieur à ce seuil , une nouvelle injection doit être pratiquée, suivie d'un nouveau contrôle un à deux mois plus tard. Si ce contr^le s'avère toujours insuffisant, le médecin du travail doit évaluer l'opportunité de rechercher l'antigène HBs et de procéder à une nouvelle vaccination sans dépasser 6 doses au total (y compris les 3 premières doses de la primo-vaccination) ;

- la typhoïde (1 injection, rappel tous les 3 ans pour les personnels de laboratoire) ;

- la tuberculose : une IDR à la tuberculine à 5 unités ets obligatoire à l'embauche. Le résultat de sa mesure doit être noté, il servira de test de référence. Une vaccination par le BCG, même ancienne, sera exigée à l'embauche. Sont considérés comme ayant satisfait à l'obligation vaccinale par le BCG :
- les personnes apportant la preuve écrite de cette vaccination ;
- les personnes présentant une cicatrice vaccinale pouvant être considérée comme la preuve de la vaccination par le BCG.

 

- vaccination contre l’hépatite A ;

- vaccination contre la rage pour les laboratoires manipulant ce virus ;

- vaccination contre la leptospirose ;

- vaccination contre la grippe ;

- la rubéole pour les femmes non immunisées.

 

La vaccination implique : - la responsabilité de l’employeur : la non observance d’une vaccination obligatoire est une faute grave en cas de maladie professionnelle ;

- la responsabilité du médecin du travail : la vaccination est un acte médical dont il répond et il assume la responsabilité des accidents post-vaccinaux. Il doit disposer d'une trousse de secours adaptée aux premiers gestes de réanimation et déclarer les efftes indésirables au centre régional de phramacovigilance. La pratique vaccinale doit être signalée et couverte par son assurance en responsabilité civile professionnelle comme le souligne le Dr SAUX, chef de service de l'inspection médicale du travail  et de la main d'oeuvre, dans une lettre circulaire du 26 avril 1998. La responsabilité des accidents après une vaccination obligatoire (art. L10-1) relève de l'Etat ;

- la responsabilité des salariés : la non observance des vaccinations peut entraîner un avis d’inaptitude professionnelle si un changement de poste n'est pas possible.

 

3) les mesures médicales après accident d’exposition au sang (AES)

Les recommandations de la circulaire DGS/DH/DRT/DSS  n° 98/228 du 9 avril 1998 (relative aux recommandations de mise en oeuvre d'un traitement antirétroviral après exposition au risque de transmission du VIH ) figurent en annexe.

Cette circulaire abroge la circulaire n° 666 du 28 octobre 1996 et donne de nouvelles recommandations visant à améliorer et actualiser la prise en charge médicale des AES. Notons qu'elle ne concerne plus uniquement le personnel de santé, mais l'ensemble de la population exposée aux risques VIH, VHB et VHC.

En résumé :

Après piqûre ou blessure cutanée, nettoyer immédiatement la plaie à l'eau courante et au savon, rincer, puis réaliser l'antisepsie avec un dérivé chloré (soluté de Dakin ou éventuellement eau de Javel à 12° chlorométrique diluée à 1/10) ou, à défaut, à l'alcool à 70° ou à la polyvidone iodée en solution dermique, en assurant un temps de contact d'au moins 5 minutes. En cas de projection sur les muqueuses, en particulier au niveau de la conjonctive, rincer abondamment, de préférence au sérum physiologique ou sinon à l'eau au moins 5 minutes.

 

  - dans tous les cas, une sérologie VIH doit être pratiquée chez la victime avant le 8ème jour. Si la sérologie  VIH se révèle négative, un suivi sérologique sera réalisé, en particulier au 3ème mois et avant la fin du 6ème mois après l'accident, la durée du suivi après exposition accidentelle étant de 6 mois (décret du 18/01/1993  et arrêté du 21/01/1994 fixant les modalités de suivi sérologique des personnes victime d'accidents du travail entraînant un risque de contamination par le VIH).

- la recherche des anticorps anti VHC et celle de l'Ag HBS seront réalisées dès l'accident. Ultérieurement pour dépister une hépatite C aiguë le plus précocément possible :

        * si le risque est important, réaliser des ALAT tous les 15 jours,  une PCR tous les mois jusqu'au 3ème mois et une sérologie aux 3ème et 6ème mois

    * si le risque est faible, une mesure des ALAT tous les mois pendant trois mois, une PCR et une sérologie à 3 et 6 mois paraissent suffisants.
 

La chronologie des contrôles sérologiques est résumée dans le tableau suivant  (circ. DGS 98/228) :
A noter que les recherches et les sérologies du VIH sont susceptibles de se négativer pendant la tri-thérapie, raison pour laquelle les contrôles ont lieu après la fin du traitement. Cette surveillance est en pratique réalisée par les services référents.
 
avant le 8ème jour tous les 15 jours pendant 1 mois puis tous les mois pendant 4 mois tous les mois pendant 3 mois 3 à 6 semaines après l'AES  

(ou après la fin du traitement)

3 mois après l'AES 

(ou après la fin  du traitement)

6 mois après l'AES  

(ou 5 mois après la fin du traitement)

- sérologie VIH 1 et2 
- Ag HBs + Ac anti HBs 
- sérologie VHC 
- PCR du VHC 
- TGO + TGP 
- NFS 

- si traitement : bilans rénal et hépatique et amylasémie 
 

- TGP - PCR du VHC - sérologie VIH 1 et 2 
- antigénémie P24 ou PCR du VIH
- sérologie VIH1 et 2 
- Ag HBS + Ac anti Hbs si absence d'immunité à l'examen précédent 
- sérologie VHC
- sérologie VIH1 et 2 
- Ag HBS + Ac anti Hbs si absence d'immunité à l'examen précédent 
- sérologie VHC
 
 

4) réparation des maladies professionnelles indemnisables

Certaines pathologies sont reconnues maladies professionnelles et indemnisées par le régime AT/MP du régime général :
 

 pathologie
 
 
 tableau
pathologie
tableau
pathologie
tableau
Amibiase
55
hépatites virales A et B (en attendant une mise à jour pour la C)
45
pseudomonas aeruginosa
76
Brucellose
24
Kérato-conjonctivite virale
80
Rage
56
Choléra
76
Meningococcies
76
Rickettsioses aiguës
53
Dysentrie bacillaire
76
Mycoses du cuir chevelu
46
Rouget du porc
88
Entérobactéries
76
Mycoses cutanées
46
Shigellose
76
Fièvre de Lassa
76
Ornithose-psittacose
87
Staphylocoque
76
Fièvres typhoïdes et paratyphoïdes
76
Pasteurelloses
86
Streptocoque b -hémolytique 
76
Fièvre Q
53
Pneumocoques
76
   
Gonococcie cutanée
76
Poliomyélite
54
Syphillis cutanée primaire
76
       
Tuberculoses
40 et 76
 


E. le rôle du CHSCT et l’importance croissante du CLIN et du GBEA

 

1) le CHSCT

Le Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail, obligatoire dans les établissements de plus de 50 salariés, réunit autour du directeur, des représentants du personnel et le médecin du travail.

Il est à l’écoute des salariés qui peuvent à tout moment s’adresser à lui. Il est à même de traiter toutes les questions relatives à la sécurité et aux conditions de travail.

 

2) les CLIN

Les Comités de Lutte contre les Infections Nosocomiales, obligatoires par décret du 3 mai 1988 dans chaque établissement d’hospitalisation public ou privé participant au service public, ont pour rôle la surveillance, la connaissance et la prévention des infections contractées à l’hôpital, à tous les niveaux de la chaîne de contamination : services de soins, blocs opératoires, services hôteliers et techniques, services prestataires d’examens complémentaires.

Aussi travaillent-ils de plus en plus en plus en collaboration avec les laboratoires d’analyses médicales, dans un but commun : la lutte contre les agents biologiques.

Les réalisations du CLIN, que ce soit sous forme d’élaboration de protocoles de lutte contre les infections (désinfection du matériel, utilisation de moyens de protection adaptés, nettoyages des sols…) ou sous forme de sensibilisation du personnel, le CLIN participe à la prévention du risque biologique au quel est soumis le personnel du laboratoire. Sa place dans l’hôpital, sa composition lui offrent une situation privilégiée et lui permettent d’intervenir à tous les niveaux de la chaîne de contamination, depuis la prise en charge d’un patient à son domicile jusqu’aux circuits d‘élimination des déchets au cours de son séjour à l’hôpital, en passant par les laboratoires.

Le CLIN ne s’adresse pas seulement au secteur public : les cliniques participant au service public sont obligées de tenir compte de ses propositions. Elles-mêmes les répercutent déjà sur les laboratoires d’analyses médicales auxquels elles font appel, devançant ainsi une proposition d’étendre le champ d’application du CLIN à tout le secteur privé.
 

Le CLIN en quelques mots :
- décret n° 88-657 du 6 mai 1988 ;
- 12 membres (président de la CME, pharmacien, biologiste, médecin) ;
hygiéniste, infirmier, directeur, médecin du travail,
médecin inspecteur régional ou départemental du travail ;
- au moins trois séances par an ;
- CLIN de Strasbourg : Dr GAYET,
hôpital de Hautepierre, bât. E, niv. 3,
67098 STRASBOURG, tél. : 03 88 12 71 67/64

 

3) le GBEA

Le Guide de Bonne Exécution des Actes de biologie médicale a été créé par l’arrêté du 2 novembre 1994 et comme son nom l’indique, s’adresse à tous les laboratoires de biologie médicale, publics ou privés, quelle que soit leur forme juridique.

Son but est la recherche de la qualité en matière d’analyse de biologie médicale, de façon à obtenir " l’exactitude et la précision des résultats d’analyse ". L’enjeu pour les laboratoires étant de conserver leur agrément.

Le GBEA s’adresse ainsi à " toutes les personnes travaillant au sein des laboratoires, quelle que soit leur qualification " à " toutes les étapes de l’analyse, depuis le prélèvement jusqu’à la remise des résultats. "

Certains de ses chapitres concernent la sécurité du personnel, vis-à-vis des risques biologiques, chimiques et radiologiques.

 
 
Dans un certain sens, son application dans le but d‘améliorer la qualité contribue donc aussi à prévenir les risques professionnels.



 
Dernière mise à jour :  20 juillet 1998 
Document réalisé par : Pr Alain Cantineau, chef du service de pathologie professionnelle des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg 
Thomas Perrin, médecin du travail

Prévention des affections professionnelles en laboratoire d'analyses médicales
Cette page appartient au site d'AST67
Vous pouvez télécharger et diffuser ces pages
mais veuillez mentionner le site d'AST67 et le nom des auteurs.

Si vous avez des commentaires ou des suggestions
permettant d’améliorer ce document d’informations,
veuillez contacter le rédacteur de cette page Thomas Perrin