LE BRUIT
Document pouvant servir de support pour l'information des salariés
Dr Cécile
MANAOUIL
Interne en médecine du travail (Amiens)
L'appareil auditif ou comment fonctionne
notre oreille
Qu'est ce qu'un bruit ?
Comment mesurer le bruit ?
Les effets du bruit
Les professions exposées
La surveillance des salariés
exposés
Comment se protéger du bruit
?
Législation
Réparation
Conclusion
Bibliographie
Liens utiles
Dernière mise à jour décembre 2002
L’APPAREIL
AUDITIF
ou comment fonctionne notre oreille
Les ondes sonores se propagent dans toutes les directions à partir
de la source sonore et convergent vers l’oreille ; divisée en 3
parties.
-
oreille externe
Elle est constituée par le pavillon (collecte les ondes sonores),
le conduit auditif, le tympan (membrane capable de vibrer comme la peau
d’un tambour). Les poils et le cérumen sont des défenses
naturelles contre les poussières et salissures susceptibles de pénétrer
dans le conduit auditif.
-
oreille moyenne
C'est une cavité remplie d’air, contenant les 3 osselets (marteau,
enclume et étrier) qui transmettent les vibrations du tympan à
la fenêtre ovale. La fenêtre ovale est une membrane qui sépare
l’oreille moyenne de l’oreille interne. Le rôle des osselets est
d’assurer une bonne adaptation entre le milieu aérien de l’oreille
externe et le milieu liquidien de l’oreille interne.
-
oreille interne qui comprend :
-
le vestibule et les canaux semi-circulaires, qui permettent le maintien
de l’équilibre.
-
la cochlée, appareil récepteur de l’audition, composée
d’un complexe de canaux et de petites poches, encastrée à
l’intérieur d’une structure osseuse (ressemble à une coquille
d’escargot).
Les vibrations passent d’un milieu aérien (caisse du tympan) à
un milieu aqueux (oreille interne). La cochlée enregistre les vibrations
de l’étrier, qui transmises au liquide de l’oreille interne, excitent
les cellules ciliées auditives. L’énergie mécanique
des vibrations est alors transformée en énergie électrique
par quelques 20 000 cellules sensorielles dans chaque oreille. Les cils
de ces cellules se courbent et les ondes sonores sont transformées
en impulsions nerveuses (potentiel d’action dans le nerf auditif).
Enfin le nerf auditif transmet l’information aux centres nerveux du
cerveau, qui analyse et interprète les sons.
L’exposition au bruit entraîne la mort et la disparition irréversible
des cellules ciliées de l’oreille interne.
QU’EST
CE QU’UN BRUIT ?
Le bruit, c'est tout son non désirable. Un son peut être
agréable ou non, selon son intensité, sa fréquence
et la possibilité de le stopper lorsque l’on en a envie.
Définition du bruit :
Le bruit est une perturbation mécanique de l’équilibre
de l’air. C’est une vibration du milieu ambiant (l’air le plus souvent)
qui se propage de proche en proche (transmission en un mouvement sinusoïdal).
Dans l’eau, les bruits se transmettent avec une intensité plus faible.
Les ondes sonores sont caractérisées par :
-
leur fréquence (c’est le nombre de vibration par seconde,
exprimé en Hertz). Les sons graves ont une fréquence inférieure
à 200 Hz ; les sons aigus ont une fréquence supérieure
à 2000 Hz. La voix parlée se situe entre 125 et 2000 Hz ;
l’oreille pouvant percevoir des sons entre 20 et 20 000 Hz. Un son est
défini comme grave ou aigu selon sa fréquence.
| infrasons |
< 20 Hz |
| sons graves |
20-200 Hz |
| sons médium |
200-2000 Hz |
| sons aigus |
2000-20 000 Hz |
| ultrasons |
> 20 000 Hz |
-
leur puissance que l’on exprime en Watt/cm².
-
leur intensité exprimée en décibel (dB). C’est
une unité logarithmique de référence en fonction de
la puissance. Elle est proportionnelle à l’amplitude des ondes sonores
transmises. C’est le niveau de pression exercé sur notre oreille
et cela correspond au volume sonore. Un son est défini comme faible
ou fort selon son intensité.
Voici quelques exemples d’intensité :
| 150 dB |
déchirure du tympan possible |
| 130-140 dB |
sensation douloureuse |
| 100-120 dB |
sensation désagréable |
| 80 dB |
cris |
| 60 dB |
conversation normale |
| 20 dB |
voix chuchotée |
A titre d’exemple, à 85 dB, on a des difficultés
pour parler à quelqu’un à moins d’un mètre.
Le degré de risque du bruit dépend de facteurs tels que
:
-
intensité en dB.
-
fréquence (les bruits aigus sont plus nuisibles que les graves).
-
type du bruit (continu, intermittent, soudain, fluctuant...). Les bruits
impulsionnels sont plus nocifs que les bruits continus.
-
durée de l’exposition.
-
caractère inattendu du bruit (surprend les réflexes de défense
de l’oreille).
-
conditions locales : un travail bruyant, effectué en plein air,
sera moins pénible en raison de l’absence de réverbérations
sur les parois.
-
distance par rapport à la source sonore.
-
facteurs individuels : sensibilité individuelle (variable avec l’âge
et la résistance physique), les antécédents médicaux.
COMMENT
MESURER LE BRUIT ?
La mesure du bruit dans l’entreprise est indispensable pour apprécier
l’exposition des salariés.
L’unité de mesure, utilisée couramment, est le décibel
(A). L’oreille n’est pas sensible de la même façon à
toutes les fréquences, d’où l’utilisation d’un filtre de
pondération A, qui tient compte de la sensibilité de l’oreille
aux différentes fréquences sonores, pour décrire la
sensation reçue.
On utilise, en premier lieu, des mesures instantanées, effectuées
avec un sonomètre, comprenant un micro et un ensemble électronique.
Ces mesures sont faites à hauteur de l’oreille de l’opérateur.
On réalise ainsi une cartographie du bruit dans l’entreprise.
Ensuite, en cas de dépassement des seuils, on réalise
des mesures prolongées dans le temps, à l’aide d’exposimètres
(portables par les travailleurs sur 8 h et qui mesurent en continu le niveau
de pression acoustique).
On détermine le niveau d’exposition sonore quotidienne ou Lex,d,
exprimé en dB(A) ; c’est la valeur moyenne des niveaux de bruit
auxquels est exposé un salarié durant sa journée de
travail.
On définit également le niveau de pression acoustique
de crête ou Lpc en dB ; c’est la valeur maximale du niveau de bruit
instantané reçu durant la journée de travail.
Dans la communauté européenne, on a défini la
côte d’alerte à 85 dB et la côte de danger à
90 dB. On admet qu’au delà de 85 dB, l’audition risque de se
dégrader, et lorsque le niveau atteint 90 dB, c’est une certitude.
Il s’agit d’un consensus européen, mais certains salariés,
plus sensibles que d’autres, peuvent développer des surdités
pour des seuils d’exposition inférieurs.
Il faut bien comprendre que le niveau sonore s’exprime en dB selon une
progression logarithmique. Par exemple, 93 dB est une intensité
sonore double de 90 dB. Si l’intensité sonore double, l’échelle
en décibel n’augmente que de 3 unités. Cette remarque est
valable dans l’autre sens ; si on veut gagner 3 dB, il faut diviser le
bruit par 2. Autres exemples, si on met 2 machines identiques côte
à côte, chacune produisant 80 dB, le bruit des 2 machines
est de 83 dB ; ou, quand on passe de 90 à 100 dB, l’intensité
sonore est multipliée par 10 !
LES EFFETS
DU BRUIT
Effets sur le travail :
Le bruit altère la quantité de travail effectué,
mais surtout la qualité du travail. En effet, le bruit perturbe
la communication, entraîne des difficultés de concentration,
une fatigue, une gène, une nervosité et peut donc être
à la source d’accident du travail.
Effets sur l'organisme :
Le bruit est source d’anxiété, de stress, de perturbation
du sommeil et de troubles cardio-vasculaires (augmentation de la fréquence
cardiaque et de la pression artérielle).
Effets sur l'audition :
Au début le bruit entraîne une fatigue auditive et temporaire
(qui disparaît après une période de repos) puis s’installe
progressivement une surdité définitive et incurable. Le bruit
peut aussi être à l’origine de traumatisme sonore.
-
Traumatisme acoustique : C’est une perte soudaine d’audition causée
par un bruit bref et intense tel qu’une explosion. A l’otoscopie, on constate
une perforation tympanique.
-
La fatigue auditive : Elle se traduit par une élévation
temporaire du seuil de l’audition ; est constante d’un jour à l’autre
chez un même sujet, peut s’accompagner de bourdonnements ou de sifflements
de l’oreille. Elle récupère en quelques jours à quelques
semaines.
Le bruit est cause de fatigue même sous les seuils réglementaires.
A partir de 35 dB, on peut déjà ressentir des bourdonnements
d’oreille.
Le bruit occasionne un sentiment de gène, surtout lorsque le
travail nécessite une concentration intellectuelle importante. On
recommande 55 dB pour un travail nécessitant une attention soutenue.
-
La surdité professionnelle : La surdité professionnelle
n’est pas une pathologie mais une adaptation sensorielle aux conditions
acoustiques du milieu de vie. C’est l’augmentation du seuil d’audition
sous l’influence du bruit. Au début de l’exposition, la fatigue
auditive fait varier temporairement le seuil auditif puis l’augmentation
devient permanente.
Il y a une grande variation inter individuelle au bruit. Certains sujets
sont hypersensibles au bruit. D’une manière générale,
les femmes et les plus de 35 ans sont plus sensibles au bruit. Le même
travail pendant la même durée n’aura pas le même effet
sur deux salariés différents, l’un peut devenir sourd et
l’autre pas. Il existe aussi une perte physiologique de 20 dB à
60 ans sur les fréquences 2000-4000 Hz, avec de grandes variations
individuelles.
La surdité professionnelle est une surdité de perception
bilatérale,
symétrique,
insidieuse
(on ne s’aperçoit pas que l’on devient sourd et on ne ressent aucune
douleur), irréversible (c’est déjà trop tard
lorsque l’on s’en rend compte). Elle n’évolue pas hors du bruit.
On ne sait pas réparer les cellules ciliées de l’oreille
interne. C’est une surdité peu améliorable par les prothèses
auditives, contrairement aux surdités de transmission. Cependant
des progrès médicaux sont en cours et on peut obtenir de
bons résultats avec des amplificateurs.
L’évolution de la surdité professionnelle n’est pas rectiligne,
elle évolue par palier suivant un rythme aléatoire avec des
périodes de stabilité puis d’augmentation significative de
la perte auditive, sans raison apparente, puis à nouveau stabilisation.
La perte est importante pendant les 5 à 10 premières années
de travail puis se stabilise. Après 50 ans la perte auditive s’accélère.
LES
PROFESSIONS EXPOSÉES
-
Métiers du métal : chaudronnerie, forge, tôlerie, laminage,
sidérurgie
-
Verrerie, embouteillage
-
Presses
-
Tissage
-
Serrurerie
-
Engins de chantier
-
Métiers du bois
-
... voir la liste limitative du tableau des maladies professionnelles n°42
LA
SURVEILLANCE DES SALARIES EXPOSES PAR LE MÉDECIN DU TRAVAIL
LES AUDIOGRAMMES
On teste l’ouïe dans une cabine spéciale avec un audiomètre,
lequel émet des sons à différentes fréquences
et intensités à travers un casque. Puis on compare les résultats
avec des niveaux standards. Un déficit de moins de 20 dB(A) n’est
pas pathologique.
Le dépistage du début d’apparition de la surdité
est capital, pour éviter que cela ne s’aggrave. En cas d’anomalie
sur l’audiogramme, il faudrait une éviction provisoire du salarié
pour établir le diagnostic, ce qui est difficile en pratique quotidienne.
Une restriction d’aptitude lors d’une visite d’embauche signifiera souvent
une absence d’embauche pour le salarié concerné.
Les audiogrammes servent aussi à contrôler l’efficacité
des mesures de protection collective et individuelle.
Si l’audiométrie d’un salarié est très perturbée,
le médecin du travail peut :
-
essayer de convaincre le chef d’entreprise à prendre des mesures
pour réduire le bruit des machines (c’est la meilleure solution,
mais aussi la plus difficile à mettre en place, car elle demande
beaucoup de temps et de moyens).
-
essayer de convaincre ce salarié de porter des protections individuelles,
pour éviter une aggravation du déficit.
-
retirer le salarié de l’ambiance sonore et lui trouver un poste
de travail où il ne sera pas exposé au bruit (solution parfois
complexe et insatisfaisante puisqu’un autre salarié sera à
son tour exposé au bruit).
Il faut noter que la surdité de perception n’est pas un facteur
de protection contre le bruit, par contre il semblerait que la surdité
de transmission ne s’aggrave pas au bruit. Une cophose n’est pas une contre
indication au bruit, si le poste de travail ne nécessite pas d’entendre.
Chez une personne appareillée, seule l’audiométrie vocale
(liste de mots) est interprétable.
ÉVOLUTION DU DÉFICIT
Au début, l’atteinte porte sur les aigus (4000 Hz) ; ces fréquences
n’étant pas utilisées pour la voix parlée, le déficit
passe d’abord inaperçu.
-
1er stade : encoche audiométrique, à
3000-4000 Hz, inférieure à 30 dB. Le sujet ignore ce déficit
ou alors il ressent une fatigue auditive pouvant s’accompagner de vertige,
de céphalée...
-
2ème stade : perte de plus de 30 dB à
4000 Hz ; le sujet constate que son ouïe est moins fine si les conditions
d’audition sont difficiles. Les manifestations générales
(vertige, mal de tête...) disparaissent ; ce qui peut passer, aux
yeux du salarié, pour une " adaptation " au bruit. En réalité
la surdité s’installe alors peu à peu sans que le salarié
ne s’en rend compte.
-
3ème stade : l’encoche est élargie
vers les aigus (plus de 30 dB de perte sur 2000 Hz). Le sujet présente
des difficultés de compréhension.
-
4ème stade : perte de plus de 30 dB sur
1000 Hz. Le sujet peut difficilement suivre une conversation normale et
fait souvent répéter.
COMMENT SE
PROTÉGER DU BRUIT ?
Protection technique collective
-
réduction à la source (concevoir et acquérir les machines
les moins bruyantes)
-
isoler la source sonore (encoffrement)
-
écran acoustique (réduit la propagation du son)
-
traitement acoustique des locaux (matériaux absorbants pour les
parois)
-
acoustique prévisionnelle (avant de modifier l’installation des
machines)
-
limiter le temps d’exposition (cabine insonorisée)
Il faut toujours privilégier la réduction du bruit à
la source, puis la protection collective, et seulement en dernier lieu
la protection individuelle.
Protection individuelle
Une oreille bien protégée n’est pas fatiguée après
8 heures de travail. La protection par casques antibruit ou bouchons d’oreille
permet une réduction du niveau sonore de plus de 20 dB(A).
Cette réduction de 20 dB n’empêche pas la communication entre
salariés ou l’écoute d’une machine avec un peu d’habitude.
Le salarié choisira la protection qui lui convient le mieux
; les casques sont à préférer en cas de travail très
salissant ou si la protection est intermittente (car les casques sont plus
faciles à mettre en place et à retirer). Les bouchons bien
mis sont aussi efficaces que les casques. Les casques enveloppants sont
utiles en cas d’intensités très élevées lorsque
la conduction osseuse est importante.
Le protecteur sera porté dès le début de l’exposition
au bruit et pendant toute la durée de celle ci.
Comment bien ajuster son bouchon d’oreille ?
-
prendre son temps
-
avec des mains propres, rouler le bouchon entre ses doigts afin de le comprimer
le plus possible.
-
afin d’ajuster le bouchon facilement, tirer l’oreille vers le haut et sur
le côté et placer le bouchon dans le conduit auditif.
-
tenir l’oreille dans cette position jusqu'à ce que le bouchon reprenne
sa forme initiale.
LÉGISLATION
Arrêté du 11 Juillet 77 sur la surveillance médicale
spéciale.
Les salariés exposés, de façon habituelle, à
un niveau de bruit supérieur à 85 dB sont soumis à
une surveillance médicale spéciale.
Décret
N° 88-405 du 21 Avril 88 relatif à la protection des travailleurs
contre le bruit.
-
l’employeur est tenu de réduire le bruit au niveau le plus bas raisonnablement
possible, compte tenu de l’état des techniques.
-
examen préalable par le médecin du travail si exposition
à plus de 85 dB(A).
-
identifier les salariés pour lesquels l’exposition atteint ou dépasse
le niveau de 85 dB(A) ou pour lesquels la pression acoustique de crête
atteint ou dépasse 135 dB.
-
cartographie du bruit dans l’entreprise.
-
lorsque l’exposition sonore quotidienne subie par un travailleur dépasse
le niveau de 85 dB(A) ou lorsque la pression acoustique de crête
dépasse le niveau de 135 dB, des protecteurs individuels doivent
être mis à disposition des salariés.
-
lorsque l’exposition sonore quotidienne subie par un travailleur dépasse
le niveau de 90 dB(A) ou lorsque la pression acoustique de crête
dépasse le niveau de 140 dB, l’employeur doit prendre toutes dispositions
pour que les protecteurs individuels soient utilisés.
Décret du 25 Avril 88 relatif à l’information sur le
bruit.
Décret
n° 98-335 du 30 avril 1998 modifiant le décret n°
94-236 du 18 mars 1994 relatif aux modalités d'établissement
des plans de gêne sonore
Arrêté
du 31 janvier 1989 : recommandations et instructions techniques
que doivent respecter les médecins du travail assurant la surveillance
médicale des travailleurs exposés au bruit
Prévention des risques dus au bruit (Articles
R232-8 à R232-8-7)
RÉPARATION
La surdité peut être reconnue comme maladie professionnelle
depuis 1963 (Tableau des maladies professionnelles n°42 du régime
général de la Sécurité Sociale). La durée
d’exposition est au minimum d’un an et le délai de prise en charge
est de 1 an (délai entre l’arrêt de l’exposition au bruit
et la première constatation médicale).
Une surdité brutale peut être déclarée en
accident de travail, par l’employeur.
C’est au salarié de déclarer une maladie professionnelle.
Le salarié adresse sa déclaration à la CPAM, dont
il dépend, avec un certificat médical de son médecin
du travail ou de tout autre médecin et une attestation de salaire.
Le délai de déclaration est de 2 ans après la 1ére
constatation médicale ou après cessation de l’activité.
C’est le médecin conseil de la Sécurité Sociale qui
reconnaît la maladie professionnelle.
Il est important de noter que les critères de reconnaissance
d’une surdité comme maladie professionnelle sont très (trop)
stricts. Il faut un déficit de plus de 35 dB (calcul : 2 D500 +
4 D1000 + 3 D2000 + D4000, le tout divisé par 10) sur la meilleure
oreille et une audiométrie de contrôle à effectuer
3 semaines à un an après cessation de l’exposition. Ceci
est difficile concrètement, à moins de réaliser l’audiométrie
au retour des congés d’été ou de placer le salarié
à un poste non exposé au bruit pendant 3 semaines.
De plus un salarié reconnu ne peut plus, logiquement, être
exposé au bruit. Suite à sa déclaration, il risque
donc de perdre son emploi. Tout ceci fait que, le plus souvent, les surdités
sont déclarées au moment de la retraite.
Environ 750 surdités sont reconnues au titre des maladies professionnelles
chaque année. Le coût, pour une entreprise, s’élève
à environ 600 000 francs par surdité reconnue. Le taux d’IPP
(incapacité permanente partielle) est le plus souvent fixé
à 20-25%. La rente ainsi obtenue ne pourra jamais remplacer un salaire.
Le médecin du travail joue ici un rôle difficile, car la
déclaration fait courir un risque de licenciement en cas d’impossibilité
de changement de poste, d’où l’importance de la prévention.
CONCLUSION
Plus de 3 millions de salariés sont confrontés à
des nuisances sonores. 13 % des travailleurs sont exposés à
des intensités sonores supérieures à 85 dB(A). Ce
sont les résultats de l’enquête SUMER (surveillance médicale
des risques professionnels) réalisée par le ministère
du Travail en 1994. Les ouvriers sont les exposés.
Vouloir éliminer totalement le bruit de l’entreprise est illusoire,
certains bruits sont d’ailleurs utiles (signaux d’alerte, contrôle
" à l’oreille " du bon fonctionnement d’une machine). On recommande
un niveau sonore de 55 dB pour le travail intellectuel et 75 dB pour les
activités gestuelles.
Le port de protection individuelle est le dernier recours lorsqu’on
a pas d’autre moyen à sa disposition, mais ce doit être une
solution d’attente. Dans ce cas, les salariés ont tout intérêt
à porter ces protections plutôt que de laisser s’installer
une surdité, dont ils seront les premières victimes.
En effet, la surdité peut entraîner un sentiment de frustration
et engendrer un repli sur soi et/ou de l’agressivité. " La personne
sourde rend l’autre muette " (Renard). Ce handicap est méconnu et
sous estimé en France, il est souvent minimisé par l’entourage.
On entend souvent dire " il ne fait pas attention ", " il est sourd pour
ce qu’il veut "... Pourtant, 7% de la population française est atteinte
d’une déficience auditive. Il faudrait faire un effort pour mieux
les intégrer dans notre société en facilitant la lecture
labiale (être bien en face de la personne et parler distinctement
par phrases courtes) et pourquoi pas apprendre, dans nos écoles,
la langue des signes française.
BIBLIOGRAPHIE
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du travail, n° 86, 2001, pp.177-182.
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HERAN LE ROY O., SANDRET N. Résultats de l’enquête SUMER 94
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Exposition des travailleurs au bruit. Méthode de mesurage.Edition
INRS ED 772.
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Évaluation de l’exposition au bruit en milieu professionnel et estimation
du déficit auditif, induit par le bruit, de populations exposées.
Norme française S 31-013. 1985
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91 protecteurs individuels au banc d’essais. Édition INRS ED 749.
-
Audiomètres de dépistage et cabines audiométriques.
Édition INRS ED 010 et 011.
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L’insonorisation dans l’industrie textile. Édition INRS ED 60.
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Traitement acoustique des locaux de travail. Édition INRS ED 68
et 69.
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Dossier bruit : décibels en trop. Santé et Travail, 1997
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BARET M.H. Pronostic des déficits audiométriques d’origine
professionnelle. Arch. Mal. Prof., 1987 ; 48 : 387-392.
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Surveillance médicale des salariés exposés au bruit.
Informations sociales, 1989.
-
PIALOUX P. Les surdités professionnelles. Rev. du Prat., 1987 ;
37 : 2093-2100.
-
CONRAUX C. Surdités professionnelles. Rev. du Prat., 1990 ; 19 :
1762-1765.
-
Films de l’INRS
-
VO 220 : Tintamare
-
VO 550 : Agressions sonores
-
VO 185 : Inutile de crier
-
VO 229 : Vos gueules les décibels
LIENS UTILES
LE BRUIT
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