Sommaire des dossiers AST67
  LE BRUIT
Document pouvant servir de support pour l'information des salariés
Dr Cécile MANAOUIL
Interne en médecine du travail (Amiens)


L'appareil auditif ou comment fonctionne notre oreille
Qu'est ce qu'un bruit ?
Comment mesurer le bruit ?
Les effets du bruit
Les professions exposées
La surveillance des salariés exposés
Comment se protéger du bruit ?
Législation
Réparation
Conclusion
Bibliographie
Liens utiles

Dernière mise à jour décembre 2002


L’APPAREIL AUDITIF
ou comment fonctionne notre oreille

Les ondes sonores se propagent dans toutes les directions à partir de la source sonore et convergent vers l’oreille ; divisée en 3 parties.

Les vibrations passent d’un milieu aérien (caisse du tympan) à un milieu aqueux (oreille interne). La cochlée enregistre les vibrations de l’étrier, qui transmises au liquide de l’oreille interne, excitent les cellules ciliées auditives. L’énergie mécanique des vibrations est alors transformée en énergie électrique par quelques 20 000 cellules sensorielles dans chaque oreille. Les cils de ces cellules se courbent et les ondes sonores sont transformées en impulsions nerveuses (potentiel d’action dans le nerf auditif).

Enfin le nerf auditif transmet l’information aux centres nerveux du cerveau, qui analyse et interprète les sons.

L’exposition au bruit entraîne la mort et la disparition irréversible des cellules ciliées de l’oreille interne.


QU’EST CE QU’UN BRUIT ?

Le bruit, c'est tout son non désirable. Un son peut être agréable ou non, selon son intensité, sa fréquence et la possibilité de le stopper lorsque l’on en a envie.

Définition du bruit :

Le bruit est une perturbation mécanique de l’équilibre de l’air. C’est une vibration du milieu ambiant (l’air le plus souvent) qui se propage de proche en proche (transmission en un mouvement sinusoïdal). Dans l’eau, les bruits se transmettent avec une intensité plus faible.

Les ondes sonores sont caractérisées par :
 

infrasons < 20 Hz
sons graves 20-200 Hz
sons médium 200-2000 Hz
sons aigus 2000-20 000 Hz
ultrasons  > 20 000 Hz
150 dB déchirure du tympan possible
130-140 dB sensation douloureuse 
100-120 dB sensation désagréable
80 dB cris
60 dB conversation normale
20 dB voix chuchotée
A titre d’exemple, à 85 dB, on a des difficultés pour parler à quelqu’un à moins d’un mètre.
Le degré de risque du bruit dépend de facteurs tels que :
COMMENT MESURER LE BRUIT ?

La mesure du bruit dans l’entreprise est indispensable pour apprécier l’exposition des salariés.

L’unité de mesure, utilisée couramment, est le décibel (A). L’oreille n’est pas sensible de la même façon à toutes les fréquences, d’où l’utilisation d’un filtre de pondération A, qui tient compte de la sensibilité de l’oreille aux différentes fréquences sonores, pour décrire la sensation reçue.

On utilise, en premier lieu, des mesures instantanées, effectuées avec un sonomètre, comprenant un micro et un ensemble électronique. Ces mesures sont faites à hauteur de l’oreille de l’opérateur. On réalise ainsi une cartographie du bruit dans l’entreprise.

Ensuite, en cas de dépassement des seuils, on réalise des mesures prolongées dans le temps, à l’aide d’exposimètres (portables par les travailleurs sur 8 h et qui mesurent en continu le niveau de pression acoustique).

On détermine le niveau d’exposition sonore quotidienne ou Lex,d, exprimé en dB(A) ; c’est la valeur moyenne des niveaux de bruit auxquels est exposé un salarié durant sa journée de travail.

On définit également le niveau de pression acoustique de crête ou Lpc en dB ; c’est la valeur maximale du niveau de bruit instantané reçu durant la journée de travail.

Dans la communauté européenne, on a défini la côte d’alerte à 85 dB et la côte de danger à 90 dB. On admet qu’au delà de 85 dB, l’audition risque de se dégrader, et lorsque le niveau atteint 90 dB, c’est une certitude. Il s’agit d’un consensus européen, mais certains salariés, plus sensibles que d’autres, peuvent développer des surdités pour des seuils d’exposition inférieurs.

Il faut bien comprendre que le niveau sonore s’exprime en dB selon une progression logarithmique. Par exemple, 93 dB est une intensité sonore double de 90 dB. Si l’intensité sonore double, l’échelle en décibel n’augmente que de 3 unités. Cette remarque est valable dans l’autre sens ; si on veut gagner 3 dB, il faut diviser le bruit par 2. Autres exemples, si on met 2 machines identiques côte à côte, chacune produisant 80 dB, le bruit des 2 machines est de 83 dB ; ou, quand on passe de 90 à 100 dB, l’intensité sonore est multipliée par 10 !


LES EFFETS DU BRUIT

Effets sur le travail :
Le bruit altère la quantité de travail effectué, mais surtout la qualité du travail. En effet, le bruit perturbe la communication, entraîne des difficultés de concentration, une fatigue, une gène, une nervosité et peut donc être à la source d’accident du travail.

Effets sur l'organisme :
Le bruit est source d’anxiété, de stress, de perturbation du sommeil et de troubles cardio-vasculaires (augmentation de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle).

Effets sur l'audition :
Au début le bruit entraîne une fatigue auditive et temporaire (qui disparaît après une période de repos) puis s’installe progressivement une surdité définitive et incurable. Le bruit peut aussi être à l’origine de traumatisme sonore.


LES PROFESSIONS EXPOSÉES



LA SURVEILLANCE DES SALARIES EXPOSES PAR LE MÉDECIN DU TRAVAIL

LES AUDIOGRAMMES

On teste l’ouïe dans une cabine spéciale avec un audiomètre, lequel émet des sons à différentes fréquences et intensités à travers un casque. Puis on compare les résultats avec des niveaux standards. Un déficit de moins de 20 dB(A) n’est pas pathologique.

Le dépistage du début d’apparition de la surdité est capital, pour éviter que cela ne s’aggrave. En cas d’anomalie sur l’audiogramme, il faudrait une éviction provisoire du salarié pour établir le diagnostic, ce qui est difficile en pratique quotidienne. Une restriction d’aptitude lors d’une visite d’embauche signifiera souvent une absence d’embauche pour le salarié concerné.

Les audiogrammes servent aussi à contrôler l’efficacité des mesures de protection collective et individuelle.

Si l’audiométrie d’un salarié est très perturbée, le médecin du travail peut :

Il faut noter que la surdité de perception n’est pas un facteur de protection contre le bruit, par contre il semblerait que la surdité de transmission ne s’aggrave pas au bruit. Une cophose n’est pas une contre indication au bruit, si le poste de travail ne nécessite pas d’entendre.

Chez une personne appareillée, seule l’audiométrie vocale (liste de mots) est interprétable.

ÉVOLUTION DU DÉFICIT

Au début, l’atteinte porte sur les aigus (4000 Hz) ; ces fréquences n’étant pas utilisées pour la voix parlée, le déficit passe d’abord inaperçu.


COMMENT SE PROTÉGER DU BRUIT ?

Protection technique collective

Il faut toujours privilégier la réduction du bruit à la source, puis la protection collective, et seulement en dernier lieu la protection individuelle.

Protection individuelle

Une oreille bien protégée n’est pas fatiguée après 8 heures de travail. La protection par casques antibruit ou bouchons d’oreille permet une réduction du niveau sonore de plus de 20 dB(A). Cette réduction de 20 dB n’empêche pas la communication entre salariés ou l’écoute d’une machine avec un peu d’habitude.
Le salarié choisira la protection qui lui convient le mieux ; les casques sont à préférer en cas de travail très salissant ou si la protection est intermittente (car les casques sont plus faciles à mettre en place et à retirer). Les bouchons bien mis sont aussi efficaces que les casques. Les casques enveloppants sont utiles en cas d’intensités très élevées lorsque la conduction osseuse est importante.
Le protecteur sera porté dès le début de l’exposition au bruit et pendant toute la durée de celle ci.

 Comment bien ajuster son bouchon d’oreille ?


LÉGISLATION

Arrêté du 11 Juillet 77 sur la surveillance médicale spéciale.
Les salariés exposés, de façon habituelle, à un niveau de bruit supérieur à 85 dB sont soumis à une surveillance médicale spéciale.

Décret N° 88-405 du 21 Avril 88 relatif à la protection des travailleurs contre le bruit.

Décret du 25 Avril 88 relatif à l’information sur le bruit.

Décret n° 98-335 du 30 avril 1998 modifiant le décret n° 94-236 du 18 mars 1994 relatif aux modalités d'établissement des plans de gêne sonore

Arrêté du 31 janvier 1989 : recommandations et instructions techniques que doivent respecter les médecins du travail assurant la surveillance médicale des travailleurs exposés au bruit

Prévention des risques dus au bruit (Articles R232-8 à R232-8-7)


RÉPARATION

La surdité peut être reconnue comme maladie professionnelle depuis 1963 (Tableau des maladies professionnelles n°42 du régime général de la Sécurité Sociale). La durée d’exposition est au minimum d’un an et le délai de prise en charge est de 1 an (délai entre l’arrêt de l’exposition au bruit et la première constatation médicale).

Une surdité brutale peut être déclarée en accident de travail, par l’employeur.

C’est au salarié de déclarer une maladie professionnelle. Le salarié adresse sa déclaration à la CPAM, dont il dépend, avec un certificat médical de son médecin du travail ou de tout autre médecin et une attestation de salaire. Le délai de déclaration est de 2 ans après la 1ére constatation médicale ou après cessation de l’activité. C’est le médecin conseil de la Sécurité Sociale qui reconnaît la maladie professionnelle.

Il est important de noter que les critères de reconnaissance d’une surdité comme maladie professionnelle sont très (trop) stricts. Il faut un déficit de plus de 35 dB (calcul : 2 D500 + 4 D1000 + 3 D2000 + D4000, le tout divisé par 10) sur la meilleure oreille et une audiométrie de contrôle à effectuer 3 semaines à un an après cessation de l’exposition. Ceci est difficile concrètement, à moins de réaliser l’audiométrie au retour des congés d’été ou de placer le salarié à un poste non exposé au bruit pendant 3 semaines.

De plus un salarié reconnu ne peut plus, logiquement, être exposé au bruit. Suite à sa déclaration, il risque donc de perdre son emploi. Tout ceci fait que, le plus souvent, les surdités sont déclarées au moment de la retraite.

Environ 750 surdités sont reconnues au titre des maladies professionnelles chaque année. Le coût, pour une entreprise, s’élève à environ 600 000 francs par surdité reconnue. Le taux d’IPP (incapacité permanente partielle) est le plus souvent fixé à 20-25%. La rente ainsi obtenue ne pourra jamais remplacer un salaire.

Le médecin du travail joue ici un rôle difficile, car la déclaration fait courir un risque de licenciement en cas d’impossibilité de changement de poste, d’où l’importance de la prévention.


CONCLUSION






Plus de 3 millions de salariés sont confrontés à des nuisances sonores. 13 % des travailleurs sont exposés à des intensités sonores supérieures à 85 dB(A). Ce sont les résultats de l’enquête SUMER (surveillance médicale des risques professionnels) réalisée par le ministère du Travail en 1994. Les ouvriers sont les exposés.

Vouloir éliminer totalement le bruit de l’entreprise est illusoire, certains bruits sont d’ailleurs utiles (signaux d’alerte, contrôle " à l’oreille " du bon fonctionnement d’une machine). On recommande un niveau sonore de 55 dB pour le travail intellectuel et 75 dB pour les activités gestuelles.

Le port de protection individuelle est le dernier recours lorsqu’on a pas d’autre moyen à sa disposition, mais ce doit être une solution d’attente. Dans ce cas, les salariés ont tout intérêt à porter ces protections plutôt que de laisser s’installer une surdité, dont ils seront les premières victimes.

En effet, la surdité peut entraîner un sentiment de frustration et engendrer un repli sur soi et/ou de l’agressivité. " La personne sourde rend l’autre muette " (Renard). Ce handicap est méconnu et sous estimé en France, il est souvent minimisé par l’entourage. On entend souvent dire " il ne fait pas attention ", " il est sourd pour ce qu’il veut "... Pourtant, 7% de la population française est atteinte d’une déficience auditive. Il faudrait faire un effort pour mieux les intégrer dans notre société en facilitant la lecture labiale (être bien en face de la personne et parler distinctement par phrases courtes) et pourquoi pas apprendre, dans nos écoles, la langue des signes française.


BIBLIOGRAPHIE

LIENS UTILES

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