TRAVAIL AU FROID
Exemple du froid artificiel en industrie agro-alimentaire
Dr Gérard
ARASZKIEWIRZ
Médecin du Travail
France Glaces Findus Nestlé - Usine de Beauvais
Rue Charles Tellier,
ZI n°2 60000 BEAUVAIS
( 03 44 89 86 86
Introduction
Rappels physiologiques
Astreintes
Pathologie aiguë, chronique
et liée aux autres
risques
Préventions Collective
& Individuelle
Surveillance médicale
Exemples
Bibliographie
Dernière mise à jour juillet 2007
INTRODUCTION
On estime à environ 100 000 les personnes travaillant
en ambiances froides (températures inférieures à 10°C),
principalement dans l'industrie alimentaire. Les emplois dans cette industrie
sont essentiellement de deux types : manutentionnaires (préparateurs
de commandes, caristes) ou opérateurs affectés à la
transformation du produit : découpe ou préparation de viande,
volaille ou poisson).
L'évolution ces dernières années
a été marquée à la fois dans l’agro-alimentaire
par une industrialisation poussée et, par les effets d’une réglementation
visant à l’amélioration de la qualité bactériologique
des produits, à la multiplication de zones de fabrication sous température
dirigée, et ainsi à l'augmentation des effectifs exposés.
Les contraintes liées au froid en industrie agroalimentaire
sont d'une grande variété. En effet le contrôle des
conditions de température et d'humidité dans cette industrie
est une nécessité qui conditionne la qualité du produit.
A chaque produit et à chaque étape du processus de production
correspondent des conditions dictées par les règles d'assurance
qualité :
-
fabrication, entreposage viande : + 4°C,
-
fabrication, entreposage steak haché : 0 à
+ 3°C,
-
légumes, fruits : + 6 à + 10°C,
-
surgelés : maximum : - 18°C, mais en pratique
–28°C
Les expositions déjà ainsi très variées
en ce qui concerne ces niveaux de température le sont encore plus
lorsqu'on étudie la globalité des contraintes, prenant alors
en compte d'autres facteurs physiques (humidité, vitesse d'air),
ou l'activité elle-même : contrainte physique, déplacements
ou au contraire fixité, travaux au chaud en alternance, etc).
RAPPELS
PHYSIOLOGIQUES
L'homme est un homéotherme car sa température
centrale reste stable quelles que soient les variations de température
des milieux qui l'environnent. En toutes circonstances, le bilan thermique
qui est la somme algébrique des flux de chaleur produits par l'homme
et des flux de chaleur échangés avec l'environnement doit
être nul. C'est à ce prix que l'équilibre thermique
est obtenu et que la température centrale reste stable.
L'homme échange de la chaleur avec l'environnement
selon les 4 modes suivants
-
Échanges de chaleur par conduction. Ils ont
lieu entre le vêtement et les solides à son contact (chaussures-sol
; siège-fesses), ou encore entre les mains et des objets froids.
-
Échanges de chaleur par convection.
Ils ont lieu entre la peau, le vêtement et l'air.
-
Échanges de chaleur par rayonnement. C'est
un mode d'échange de chaleur à distance entre deux solides
dont les températures diffèrent. Tous les corps émettent
et absorbent de l'énergie transmise sous forme électromagnétique.
-
Échanges de chaleur par évaporation au
niveau cutané (sudation) et pulmonaire.
Les ambiances froides sont des ambiances thermiques pour
lesquelles le bilan thermique est négatif.
Les réactions de l'organisme pour rétablir
l'équilibre thermique sont triples :
-
Thermostatiques : diminution de la température
cutanée qui a lieu d'abord aux extrémités (mains,
pieds) pour limiter les pertes de chaleur convectives et radiatives.
-
Circulatoires : diminution du flux sanguin cutané
pour réduire le flux de chaleur entre le noyau et la peau.
-
Métaboliques : accroissement de la production
de chaleur corporelle par le frisson ou l'activité musculaire volontaire.
ASTREINTES
Dans l’industrie alimentaire, l’astreinte thermique des
salariés exposés au froid se traduit essentiellement par
un refroidissement des extrémités. Ce refroidissement
des extrémités engendre une baisse de la dextérité
qui survient dès que la température cutanée du
dos de la main est inférieure à 23 – 25°C. Le phénomène
est illustré par le test du boulon (3) (visser le maximum de boulons
pendant deux minutes). Tant que la température cutanée de
la main est supérieure à 24 °C, on n'observe qu'un inconfort
thermique pour certains salariés. Mais dès que ce seuil est
franchi, la capacité à effectuer des mouvements fins est
réduite. Cette diminution de la dextérité peut donc
être responsable d'une incapacité à réaliser
certains travaux, voire être à l'origine d'un accident
du travail.
En revanche, on n'observe jamais, dans les
conditions normales de travail, d'abaissement de la température
centrale.
On observe également un certain nombre de troubles
fonctionnels :
-
Dans le cas des très fortes amplitudes thermiques
(50°C en été), sensations de gêne respiratoire
en sortie de chambre froide, asthénie en fin de journée
de travail.
-
En cas de travail physique intense (manutentions
lourdes), phénomènes de sudation responsable
d’un abaissement de l’isolation thermique et secondairement
des sensations de grand inconfort.
PATHOLOGIE
1 - Pathologie
aiguë
Deux types d'accident sont possibles
-
L'HYPOTHERMIE – Abaissement de la température centrale - quatre
stades
-
Stade léger (Température entre 35 et
34°C) :on est face à un sujet conscient qui dit avoir
froid et qui frissonne. Sa peau est froide, pâle (avec parfois les
extrémités cyanosées). Le pouls est accéléré,
la pression artérielle normale, voire élevée.
-
Stade modéré (Température entre 34 et 32°C)
:la conscience est altérée : obnubilation, désorientation.
Le sujet frissonne toujours, mais ces épisodes sont entrecoupés
de contractures musculaires, voire de rigidité. La pression artérielle
chute et des marbrures peuvent apparaître.
-
Stade profond (Température entre 32 et 25°C) :
les troubles de la conscience sont importants, avec un coma systématique
à partir de 27°C. Les globes oculaires présentent des
mouvements pendulaires. Une mydriase peut apparaître. La peau est
froide, pâle-violacée, avec des marbrures diffuses. L'amplitude
et la fréquence des mouvements ventilatoires sont diminués
en dessous de 30°C. Le pouls est lent, difficile à prendre.
La pression artérielle est effondrée. Des troubles du rythme
cardiaque peuvent survenir, en particulier une fibrillation ventriculaire.
l'hypothermie est une urgence absolue qui nécessite le recours au
SAMU (perfusion, précautions de transport) et l’hospitalisation
en réanimation.
-
Stade majeur (Température inférieure à 25°C)
: on observe un état de mort apparente : coma profond, disparition
des réflexes ostéotendineux, mydriase bilatérale aréactive,
rigidité musculaire généralisée. La peau est
glacée. Le pouls et la tension sont imprenables. (En pratique, il
ne faut jamais conclure au décès d'une personne en hypothermie
profonde).
Le traitement dans tous les cas repose sur le réchauffement
à un rythme contrôlé (environ 1° par heure) par
divers moyens (couvertures, bains ou matelas chauds, lavages gastriques,
ventilation avec gaz chauds). La surveillance est étroite afin de
prévenir et traiter les complications pouvant survenir lors de cette
phase de réchauffement : troubles du rythme cardiaque, dans la zone
des 32 - 34 °C. - Arrêt circulatoire brutal à retardement
- Hémorragie digestive massive
-
LES GELURES - par refroidissement local excessif (zone à
T. négatives)
Ce sont des lésions correspondant à
une congélation des tissus. Elle siègent aux mains, aux pied
et à la face. Nous ne connaissons dans notre expérience que
les gelures aux mains, occasionnées par le contact répété
et prolongé avec des produits surgelés (- 18°C en
sortie de surgélateur). Leur risque d'apparition dépend de
la proportion du contact avec le produit, de la pression exercée
(ces deux données étant en général corrélées
à la masse), de la matière manipulée (risque supérieur
avec le métal), de la susceptibilité individuelle enfin.
Mécanisme : formation de cristaux
de glace dans les tissus, qui font éclater les parois des cellules
provoquant ainsi leur mort. Les lésions sont assez semblables aux
brûlures par la chaleur, d'évolution plus lente.
Différents stades :
-
Stade initial limité aux troubles fonctionnels
(l'onglée, la "piquette") : la peau
est froide, devient insensible. Il n'y a pas de véritable lésion
: le réchauffement, qui s'accompagne de phénomènes
douloureux , normalise la situation. C'est un signe d'alerte important,
que les personnes doivent savoir reconnaître pour se soustraire au
froid, se protéger pour éviter la gelure.
-
Gelure superficielle : se présente comme une
zone froide, pâle, indurée, qui guérit rapidement après
soit desquamation soit formation vésicules dans les 24 à
72 heures. On traite par le réchauffement actif : mobilisation
du segment de membre, frictions, passage sous l'eau tiède, pansement
sec
-
Gelure profonde : la zone
est froide, indurée, pâle, insensible. Elle devient rouge
violacé, tuméfiée, douloureuse au réchauffement.
Les zones nécrosées (= mortes) se recouvrent d'une croûte
noire. Le traitement comporte dans un premier temps le réchauffement
passif (immersion dans un bain à température croissante)
et nécessite une hospitalisation pour une prise en charge
complète (bilan des lésions, traitement d'une hypothermie
associée, soins locaux, vaso-dilatateurs, anti-coagulants, anti-douleurs,
excision greffe, voire amputations).
Prévention :
Ces lésions sont faciles à prévenir
par une bonne information des personnes concernées. Les conseils
que l'on peut donner sont les suivants :
-
S'équiper de façon adéquate
: gants, bottes, vêtements de froid, coiffes.
-
Surveiller l'apparition d'un début de gelure.
-
Se réchauffer en cas d'apparition des premiers
troubles.
Une attention toute particulière devra être
portée à l'information et au suivi des personnes
nouvellement affectées sur ces postes exposés au froid.
Dans notre expérience, certaines personnes sont
connues pour être plus sensibles au froid (soins AT itératifs
après exposition). Elles doivent être déclarées
inaptes
au contact direct avec les produits surgelés, ceci afin d'éviter
des lésions plus importantes.
2 - Pathologie
chronique
Le froid est considéré comme un facteur
de risque pour plusieurs appareils
-
La peau,
-
Les engelures : les doigts ou les orteils deviennent
rouge violacés, douloureux, avec des crevasses et/ou des phlyctènes
("ampoules").
-
La couperose : dilatation des vaisseaux capillaires
de la peau, principalement au niveau des joues.
-
Appareil respiratoire : les personnes atteintes
de bronchite chronique, supportent mal les ambiances froide, et
font fréquemment des surinfections. On doit leur éviter ces
expositions
-
Appareil circulatoire : l'exposition au froid
est susceptible de déclencher des phénomènes de
Raynaud (doigts blancs et douloureux par vasoconstriction) chez les
personnes prédisposées. Elle entraîne également
une sollicitation cardiaque accrue, source éventuelle d'accident
chez les insuffisants coronariens et insuffisants cardiaques.
-
Appareil ostéo-articulaire : les personnes
souffrant d'arthrite, d'arthrose supportent mal les ambiances froides :
accroissement de la raideur, poussées douloureuses.
Nous avons enfin trouvé la notion de troubles
des règles significativement plus fréquents chez des femmes
travaillant au froid (17)
3 - Pathologies
liées aux autres risques
-
Liées aux fluides frigorigènes : azote
(gelures, anoxie) ; ammoniac (gelures, irritation pulmonaire).
-
Liées aux conditions de l’activité : glissades
(sols " alimentaires "), blessures (bouchers), TMS (SCC, pathologie lombaire).
PRÉVENTION
La prévention en matière de protection contre
le froid comporte :
1 - Prévention
collective
-
Diminution de la contrainte froide
La diminution de la contrainte froide ne peut être retenue qu'en
réduisant
la vitesse de l'air puisqu'il est impossible d'augmenter la température
de l'air. -La vitesse d'air maximale tolérable est de 0,20 mètre/seconde.
Les outils doivent avoir un manche faiblement conducteur de la chaleur
et les sièges construits dans des matériaux thermiquement
isolants.
-
Organisation du travail
Le travail sédentaire ainsi que le travail intense
doivent être réduits autant que possible. Les tâches
doivent être réalisables avec des gants, le salarié
ne doit pas avoir à les retirer. Les produits froids ne doivent
jamais être manipulés à mains nues surtout si leur
température est inférieure à 0°C.
Le travail doit être organisé pour qu'un salarié
ne se retrouve jamais seul dans l'enceinte froide.
Alternance des cycles Travail-Pauses
Les temps de pauses sont indispensables au réchauffement. L'alternance
conseillée est fonction de la charge de travail et de la température
du local. En l'absence de réglementation particulière, chaque
entreprise organise, à sa façon, le régime des pauses.
Lors des pauses, les ouvriers doivent disposer d'un local de repos
correctement chauffé (température > à 20°C)
et de boissons chaudes.
-
Information et formation des salariés
Le personnel doit être informé des risques liés
au froid (protection vestimentaire à disposition, utilisation, reconnaissance
du phénomène de l'onglée, éviction du froid
dès son apparition, conduite à tenir en cas de gelure.
-
Sécurité
Le travail en ambiance froide artificielle est souvent associé
à certains autres risques accidentels :
-
Risque de séquestration en chambre froide (à la suite d'un
malaise, d'un accident). C'est un risque important qui doit être
prévenu par des mesures techniques et organisationnelles appropriées.
-
Risques des fluides frigorigènes (Azote : hypoxie, gelures / Ammoniac
: irritation pulmonaire, gelures).
-
Glissades (sols et chaussures antidérapants / verglas en entrée
de chambre froide : fermeture des portes, temporisation des sas).
-
Risques liés à la baisse de dextérité au froid.
2 - Prévention
individuelle
Le vêtement est un moyen de protection essentiel
contre le froid. Cependant, il ne fait que diminuer l'intensité
des flux de chaleur perdue et ne dispensent pas des pauses pour permettra
le réchauffement du salarié.
Le faible refroidissement corporel des travailleurs est
lié à l'efficacité en tant qu'isolant thermique, des
vêtements qu'ils portent. La tenue vestimentaire la plus efficace
est composée de trois couches
-
la couche interne : les sous-vêtements (tee-shirt,
caleçon, chaussettes) en coton de préférence,
-
la couche moyenne : le pull et le pantalon en laine,
-
la couche externe : le vêtement spécialisé
isotherme (parka ou anorak, pantalon), gants et chaussures.
La multiplication des couches permet
-
d'ajuster l'isolement thermique en fonction de la production
de chaleur, d'immobiliser un maximum d'air,
-
d'épouser au mieux les formes corporelles, ce qui
a pour effet de limiter les mouvements d'air entre la peau et le vêtement.
Le vêtement doit être adapté à
l'activité et ne pas gêner.
Enfin il faut noter avec les meilleurs vêtements
et chaussures, qu'on rencontre toujours dans certaines situations des phénomènes
de refroidissement des extrémités.
SURVEILLANCE
MÉDICALE
Les salariés exposés au froid bénéficient
d'une surveillance médicale spéciale (arrêté
du 11 juillet 1977). La fréquence des visites médicales et
leur contenu sont laissés à l'appréciation du Médecin
du travail.
L'examen clinique doit être orienté vers
la recherche de signes pouvant faire évoquer des maladies
favorisées par le froid, ou de maladies susceptibles d'être
aggravées ou compliquées par le froid. Le cas échéant,
des examens complémentaires peuvent être demandés :
ECG, Radio pulmonaire et explorations fonctionnelles respiratoires pour
les salariés présentant des signes d'atteinte bronchique.
On pourra profiter de la visite pour donner quelques recommandations
concernant l'équipement, la manière de se protéger
du froid, et indiquer les signes précurseurs de gelures.
Certaines inaptitudes peuvent se discuter
:
-
Susceptibilité aux gelures (antécédents),
cryoglobulinémie,
-
Insuffisance coronarienne,
-
Syndromes de Raynaud,
-
Maladies rhumatismales évolutives,
-
Sinusites, bronchites chroniques,
De même que certaines inaptitudes temporaires
: infections de la sphère O.R.L. et pulmonaires non guéries.
EXEMPLES
Sont présentés quelques exemples pratiques
d'améliorations mises en place dans notre entreprise ces dernières
années :
1 - Diminution des vitesses d'air
Les plaintes des opérateurs portent - à
juste raison d'ailleurs (la vitesse accroît les effets du froid)
- plus sur les courants d'air que sur la température.
Ces problèmes sont traités à chaque
fois qu'ils sont signalés par :
-
soit la réorientation des volets bouches d'arrivée
d'air ou leur déplacement.
-
Soit dans un cas récent par la mise en place d'une
double gaine textile
2 - Recherches de vêtements adaptés
Nous avons récemment mené des essais de
gants de protection contre le froid qui se sont révélés
efficaces à l'usage (Gants acryliques Monotherm Comasec).
3 - Améliorations techniques : chariots chauffés
Les caristes de chambre froide de l'entrepôt (environ
40 personnes) travaillaient à -30°C.
L'utilisation de chariots chauffés fait quasiment
disparaître cette contrainte.
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Document réalisé par le Dr Gérard ARASZKIEWIRZ,Médecin
du Travail
France Glaces Findus Nestlé - Usine de Beauvais
Rue Charles Tellier,
ZI n°2 60000 BEAUVAIS
( 03 44 89 86 86
TRAVAIL AU FROID
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