Travail sur Écran de Visualisation
Dr François Muller
AIMT du Bas - Rhin

Introduction
La charge de travail et Importance des pauses
L'agencement du poste de travail
Réglementation & Normes
Sujets de discussion ou de polémique...
    Les radiations émises    L'oeil et les radiations    Les problèmes dermatologiques
    Grossesse et le travail sur écran    Les filtres d'écran    Les imprimantes
Documents INRS
Liens utiles
Conclusion

Dernière mise à jour mars 2008


Depuis l'aube de l'écriture, les supports de l'information n'ont cessé d'évoluer. L'informatique, véritable révolution dans ce domaine, a envahi les entreprises et les foyers. C'est l'ordinateur de bureau pour faire le courrier ou gérer le fichier client, c'est l'ordinateur pour les logiciels éducatifs ou les jeux à notre domicile.
    Cet outil engendre un changement profond des habitudes et fait partie désormais de l'environnement physique et psychologique du travail.
    Mais ce nouvel outil respecte-t-il notre santé ??

    Pour y répondre nous allons détailler la charge de travail devant un écran, puis donner des conseils d'agencement du poste de travail pour minimiser la fatigue due à cette charge.

    Pour ce faire, il faut veiller au bon agencement du poste de travail. Celui-ci concernera autant les caractéristiques physiques des matériels informatiques et les logiciels, que le plan de travail, le siège et l'éclairage du poste.

    De plus, cette activité professionnelle fait l'objet d'une réglementation et de normes.


La Charge de Travail

    La charge de travail comporte deux niveaux : Contrainte et Astreinte.
        La contrainte est l'ensemble des éléments de travail qui conditionnent l'activité de l'opérateur.
        L'astreinte est l'effet de la contrainte sur la personne. Ces conséquences seront observées en terme de santé et en terme de productivité.

    L'analyse du travail sur écran conduit à envisager la charge dans ses composantes visuelles, posturales et musculosquelettiques, ainsi que mentales.

          Ces différents phénomènes disparaissent après un repos suffisant.

          Mais pour éviter ces symptômes, il est conseillé de faire une interruption avec changement d'activité ou des exercices après deux heures (au maximum) de travail sur écran et surtout de veiller à un bon agencement du poste de travail.
         Selon le décret n° 91 - 451, l'employeur est tenu de concevoir l'activité du travailleur de telle sorte que son temps quotidien de travail sur écran soit périodiquement interrompu par des pauses ou par des changements d'activité réduisant la charge de travail sur écran. En général, ces pauses améliorent la qualité et la quantité de travail. Elles doivent servir à décontracter les muscles des articulations de la nuque, du dos et du membre supérieur. Les temps d'attente de réponses qui imposent la surveillance de l'écran ne peuvent être considérés comme des pauses (circulaire DRT   n° 91-18). Des pauses courtes mais fréquentes diminuent considérablement la fatigue, elles sont nettement plus efficaces que des pauses longues et rares, surtout si elles sont prises avant l'installation de la fatigue.
         Par ailleurs, des exercices physiques, pratiqués lors d'une gymnastique de pause, réduisent efficacement l'astreinte musculosquelettique mais ils ne peuvent être qu'un complément éventuel aux recommandations ergonomiques. Ces exercices ne doivent pas augmenter les contraintes biomécaniques déjà imposées par le travail sur écran. Ils doivent favoriser la circulation sanguine dans les muscles, activer les muscles non sollicités et détendre les muscles sur sollicités par une posture statique pendant la tâche.

        On peut ainsi proposer divers exercices :

A consulter :
Agencement du Poste de Travail
Principes Généraux

    Lors de l'achat du matériel informatique :

    Tout ce matériel sera posé sur un plan de travail :     Le plan de travail sera équipé d'un siège dont le choix doit correspondre à des impératifs de confort, et de respect des courbures lombaires et de la physiologie musculo-tendineuse. Les réglages doivent pouvoir être effectués sans quitter le siège et aboutir à une position correcte et confortable :     Au niveau de l'implantation des postes dans l'espace de travail, il faut éviter les trop grands contrastes d'éclairement et de luminance     Une fois le poste de travail bien équipé et correctement installé, il faut s'occuper de l'éclairage. Celui-ci doit permettre à la vision de s'effectuer correctement, tant en performance qu'en confort.
En pratique :     Pour vous aider à réaliser une étude de poste, veuillez consulter la fiche de recueil de données.

A consulter :


Réglementation

Il convient tout d'abord de rappeler que l'application de la réglementation est obligatoire alors que le respect des normes est facultatif.
Une directive européenne (90/270/CEE) concernant les prescriptions minimales de sécurité et de santé relatives au travail sur des équipements à écran de visualisation a été publiée en 1990. Elle a été reprise en droit français en 1991 sous la forme d'un décret n° 91-451 du 14 mai 1991, accompagné de sa circulaire DRT n° 91-18 du 4 novembre 1991. Ce décret prend effet depuis le 1er janvier 1997 pour tous les postes comportant un écran alphanumérique ou graphique, voire de T.V., à l'exception de certains équipements mentionnés par la loi. Il réglemente l'analyse et l'organisation du travail, la formation des travailleurs, la surveillance médicale, l'équipement et les conditions d'ambiance.

Normes

En ce qui concerne la normalisation, il existe depuis 1987 une norme AFNOR intitulée "Travail sur écran de visualisation et clavier" (NF X 35-121) qui concerne l'environnement physique et le dimensionnement du poste. Elle s'applique à tous les postes de travail, aux pupitres de contrôle ou de commande de tout processus technique ou administratif concourant à la marche des ateliers et des services. Elle ne s'applique ni aux postes de conduite de véhicules ou d'engins, ni aux systèmes informatiques embarqués à bord d'un moyen de transport. Enfin, elle ne s'applique pas sans adaptation particulière aux postes de conception ou de dessin assistés par ordinateur (CAO, DAO), aux postes de travail équipés d'un écran autre que cathodiques non graphique. Cette norme ne traite pas de l'émission de rayonnements par les ordinateurs.

Depuis plusieurs années, une norme internationale intitulée "Exigences ergonomiques pour travail de bureau avec terminaux à écrans de visualisation" (ISO 9241) qui comprend 17 parties est en cours d'élaboration. Elle concerne l'affichage, l'environnement et l'aménagement du poste, les réflexions, les couleurs affichées, le clavier et les dispositifs d'entrée autres que ce dernier ainsi que le dialogue avec l'ordinateur. Actuellement, seules l'introduction générale (partie I), le guide général concernant les exigences des tâches (partie II), les exigences relatives aux écrans de visualisation (partie III) et les principes de dialogue (partie X) ont été publiés par l'AFNOR sous l'indice de classement respectif  X 35-122-1, 2, 3 et 10. Les parties 5 et 6 devraient remplacer la norme NF X 35-121, dès qu'elles seront publiées. Cette norme ISO 9241 ne traite pas de l'émission de rayonnements ni de la sécurité électrique. L'aspect sécurité est abordé dans les publications de la Commission Électrotechnique Internationale ( CEI 65 et CEI 950 ).
 

Des associations de fabricants ont également adoptés des recommandations qui ne concernent qu'eux-mêmes mais qui peuvent apporter une meilleure qualité en matériel et un meilleur confort d'utilisation.

A consulter :


Sujets de discussion ou de polémique ...

Les Radiationsémises

    Les champs électrique et magnétique, et le rayonnement optique produits par les écrans couvrent pratiquement toute l'étendue du spectre électromagnétique.

    Le rayonnement optique émis comprend de l'ultraviolet (U.V.) proche, du rayonnement visible et de l'infrarouge (I.R.)

    Les champs électriques et magnétiques sont émis dans trois gammes de fréquences différentes. Les bobines de déflexion horizontale émettent des champs opérant principalement entre 15 kHz et 35 kHz. Des champs de fréquence extrêmement basse, 50 ou 60 Hz, sont générés par la source d'énergie, les transformateurs et les bobines de déflexion verticale.
    Le problème de l'exposition aux rayonnements électromagnétiques émis par les écrans cathodiques constitue toujours un sujet de polémique. La question des risques éventuels liés aux rayonnements émis est apparue à la fin des années soixante-dix avec les premiers écrans cathodiques. Elle ne semble pas constituer un sujet de recherches majeur dans le futur. En effet, depuis cette date, aucune enquête épidémiologique n'a démontré que ces rayonnements émis constituaient un danger pour la santé. Une étude effectuée par l'INRS en 1995 [...] montre que les niveaux de ces rayonnements sont inférieurs aux valeurs limites d'exposition communément admises. De même, il n'est pas scientifiquement correct d'attribuer aux rayonnements électromagnétiques émis tous les maux dont peuvent souffrir les opérateurs qui utilisent ce matériel.
    Par ailleurs, les fabricants d'écrans informatiques s'alignent aujourd'hui sur le standard suédois MPRII, voir MPRIII. Celui-ci définit des niveaux de rayonnements électromagnétiques nettement inférieurs à ceux des standards internationaux retenus par la loi française (ACGIH ou IRPA). Enfin, les nouvelles technologies d'affichage, comme celles des écrans à cristaux liquides, permettent d'abaisser encore plus le niveau de radiations.

    En ce qui concerne les rayons X, les ultraviolets, les ultrasons, et les champs électrostatiques, les mesures trouvent soit des niveaux proches du seuil de détection, soit des niveaux inférieurs aux valeurs limites d'exposition admises.

A consulter :

L'Oeil et les radiations

    La fatigue visuel due au travail sur écran a été beaucoup étudiée de 1980 à 1990. Depuis 1991, le nombre d'études qui lui ont été consacrées a fortement diminué. En effet, les facteurs qui déterminent cette fatigue dans le travail informatisé avec les écrans actuels sont aujourd'hui bien identifiés et les moyens de prévention sont connus.
    Toutefois, des recherches expérimentales sont actuellement menées au Japon concernant les effets sur la vision, des images virtuelles en trois dimensions obtenues grâce à un casque équipé de lunettes placé sur la tête du sujet.  En ce qui concerne la recherche d'effets pathologiques visuels liés au travail sur écran, les plus longues enquêtes épidémiologiques réalisés à ce jour, notamment par des équipes italiennes, ne portent que sur des durées de 7 à 8 ans. Les études ne montrent pas de modification irréversible de la convergence de repos, la fréquence des pathologies reste la même, le degré de transparence du cristallin n'est pas corrélé à l'ancienneté sur écran, ni au temps de travail hebdomadaire devant le terminal.
On peut toutefois s'interroger sur les conséquences à très long terme de ce travail sur la fonction visuelle (possibilité de "myopisation"?). Des enquêtes épidémiologiques comparatives entre des populations travaillant sur écran et d'autres n'utilisant pas ce matériel seront donc encore nécessaires.
    D'autre part, aucune étude n'a conclu à l'apparition plus fréquente de cataracte chez les opérateurs sur écran, que chez ceux ne travaillant pas sur terminal. L'émission d'ultraviolets est si faible qu'il faudrait demeurer plus de 650 ans devant l'écran pour présenter une cataracte. Au point de vue exposition, un mois de travail à temps plein sur terminal équivaut à rester une minute au soleil. On peut donc se poser la question de l'indication (et donc de l'utilité) de lunettes à verres teintés, dites souvent anti-fatigue, préconisé par certains fabricants pour filtrer les rayons U.V..

Les problèmes dermatologiques

    Les problèmes dermatologiques se manifestent surtout au niveau du visage des opérateurs et par des érythèmes, des picotements, des démangeaisons, une sensation de chaleur ou de peau sèche. Il n'a pas été trouvé de relation causale entre les lésions cutanées et le travail sur écran. Par ailleurs, il semble qu'il y ait une relation entre les plaintes cutanées et une charge de travail élevée ou des problèmes psycho-sociaux
    Ces symptômes peuvent être dus à une sécheresse de l'air qui favorise une accumulation de charges électrostatiques, ou des températures élevées dans le local, ou encore la présence de polluants dans l'air (fumée de cigarettes, aérosols,...).
Le respect d'un taux d'humidité correct est très important. Ceci est parfois très difficile à réaliser, car la climatisation a souvent pour effet de produire un air sec (humidité relative < à 30 %). Le revêtement des matériaux ne doit pas entraîner de stockage d'électricité statique dans le corps.
    A l'inverse, le traitement antistatique de la moquette, ou la pose de moquettes particulières, la ventilation de l'espace de travail, et surtout le maintien d'un taux d'humidité entre 40 et 60 % entraînent la disparition de la plupart des problèmes.

A consulter :

Grossesse et travail sur écran

    Chez les femmes enceintes utilisant un écran, le risque d'avortements spontanés ou de malformations congénitales chez leurs nouveaux-nés n'est pas plus élevé que chez les autres femmes, mais les opératrices sur écran ont plus souvent que les autres des troubles menstruels.
    Les études laissent à penser que s'il existe des effets liés à la reproduction, ils sont peut-être associés à d'autres facteurs professionnels tels que le stress lié à ce type de travail.

A consulter :


Les filtres d'écran

    Un minimum de discipline concernant l'aménagement du poste de travail est nécessaire. Mais, par opposition à ce comportement rationnel, de multiples recettes empiriques circulent dans les milieux de travail, valorisant de faux problèmes et cultivant les idées fausses.
    L'utilisation à "tout va" de filtres d'écran, choisis d'ailleurs, la plupart du temps sans réflexion, entre dans ce domaine essentiellement symbolique. On a vraiment l'impression de "faire quelque chose", de "se protéger", de créer une barrière supplémentaire entre le tube (agressif) et l'opérateur.
    Même ceux qui diminuent effectivement les émissions n'ont aucun intérêt pratique, puisque les émissions électromagnétiques et autres rayonnements sont bien inférieurs aux normes nationales et internationales d'exposition autorisée.

    En fait, les filtres n'ont guère d'autre intérêt que de réduire les reflets sur l'écran lorsque ceux-ci ne peuvent être maîtrisés autrement. Il faut vérifier qu'ils les réduisent effectivement sans trop nuire au contraste.

L'indication d'acquérir et d'utiliser un filtre d'écran devrait donc être exceptionnelle, et seulement dans le cas où les facteurs lumineux d'environnement ne sont pas maîtrisables. L'usage des filtres (en plastique, en verre, à polarisation ou à micro mailles) est toujours un pis-aller. Donc, pas de filtre sans étude de poste préalable. Ces dispositifs de "protection" ne sont pas recommandés par le B.I.T. et l'O.M.S.

A consulter :

Les imprimantes

    Le bruit sec et continu des imprimantes à marguerite ou à aiguilles présente une sérieuse gêne au travail. Le bruit perturbe l'attention et la communication entre collègues de travail, et peut également être source d'énervement et de stress. Quelque soit le type d'imprimante et à fortiori si elle est utilisée par plusieurs personnes, il est conseillé de la placer dans une pièce non habitée et si possible ventilée. On peut aussi ,si on ne dispose pas de local, utiliser des caissons ou des capots adaptés qui évitent la propagation du bruit dans la pièce.

    Concernant les imprimantes à laser, il y a une production d'ozone due à la transformation de l'oxygène atmosphérique sous l'influence du rayonnement U.V.. L'ozone est un gaz irritant pour les voies respiratoires et les muqueuses oculaires. En principe si l'appareil est utilisé dans des conditions normales et dans un local correctement ventilé, la concentration en ozone de l'air ambiant ne devrait pas induire de pathologie particulière.
    Il convient de noter que l'émission d'ozone ne se produit que pendant le temps réel de fonctionnement de la machine (un matériel à l'arrêt ou uniquement sous tension n'en produit pas).
    La plupart des constructeurs équipent leurs imprimantes laser de filtre spécifique. On conseille lors du changement de la cartouche d'encre, de remplacer également le filtre d'ozone. Il est également possible de raccorder directement le capotage éventuel de l'imprimante à une extraction vers l'extérieur.
    Concernant le risque laser, ces imprimantes, conçues en tant que matériel de bureau, sont généralement de classe 1 au sens de la norme européenne NF EN 60-825-1 (1994). La classe 1 concerne tout appareil construit de telle sorte que l'accès humain à un rayonnement laser dont les caractéristiques de source laser dépassent les limites d'émission accessibles de la classe 1, soit impossible.
A consulter :


Documents INRS



Liens utiles

Conclusion

    Il ne faut, ni surestimer, ni sous estimer les difficultés que peuvent engendrer les nouvelles technologie comme le travail sur écran de visualisation. Il est certain que l'informatique demande un réel effort d'apprentissage de la part de l'opérateur mais il ne faut pas oublier de respecter un minimum de règles élémentaires au niveau de l'organisation du travail et de l'aménagement du poste, afin que l'ergonomie informatique rende le service qu'on est en droit d'attendre d'elle.



Dernière mise à jour juillet 2007
Document réalisé par François Muller, médecin du travail
AST 67 ( France )

Travail sur écran de visualisation   1998
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