ÉVALUATION DU RISQUE CHIMIQUE DES PEINTURES.
COMMENT RÉDUIRE CES RISQUES ?
Dernière mise à jour septembre 2007
INTRODUCTION
Une peinture classique est composée de résines,solvants,
pigments, charges et additifs. La toxicité spécifique des
peintures en phase solvant est surtout liée à la présence
de fortes quantités de solvants organiques, responsables essentiellement
d'une neurotoxicité centrale et périphérique, de dermatoses
et de toxicité hépato-rénale. En outre,en raison de
leur inflammabilité et de leur explosivité,des mesures de
prévention et de protection s'imposent lors de leur stockage et
de leur manipulation. Enfin, leur écotoxicité implique un
traitement spécifique des résidus et déchets.
Dans les peintures en phase aqueuse, l'eau remplace
les solvants organiques. Cependant, il persiste une certaine quantité
de solvants organiques, en général des alcools et des dérivés
des éthers de glycol. Leur neurotoxicité est nettement moindre,les
peintures aqueuses sont plus souvent à l'origine d'irritations ou
de sensibilisation cutanéo-muqueuse. Cependant, c'est la présence
d'éthers de glycol qui constitue le risque principal de ces peintures,en
raison de leur hématotoxicité à long terme, et de
leur toxicité pour la reproduction.
Une étude toxicologique des différents composants
des peintures nous a conduits à proposer un cahier des charges destiné
à guider le choix d'une peinture vers la sélection de la
formulation la moins toxique possible, tout en respectant bien entendu
les impératifs techniques.
Un diagramme
présente une conduite à tenir face
à une peinture, pour connaître les risques qu'elle présente.
CAHIER
DES CHARGES POUR LE CHOIX D'UNE PEINTURE
1. Peinture
en phase aqueuse :
Dans le bâtiment d'abord, puis dans l'industrie
ensuite, les peintures en phase aqueuse remplacent de plus en plus souvent
les peintures solvants. Cette substitution ne s'opère pas sans inconvénients,car
les propriétés des peintures à l'eau posent des problèmes
techniques. Malgré ces difficultés techniques,les peintures
en phase aqueuse présentent de nombreux avantages dont les industriels
prennent conscience.
Quelques inconvénients techniques:
-
différences de viscosité par rapport aux peintures
solvants
-
nécessité d'un stockage et d'une utilisation
à température contrôlée
-
maintien d'un niveau haut constant et agitation dans les
réservoirs d'alimentation
-
risque de rouille instantanée sur support ferreux
-
nettoyage du matériel dès l'arrêt de
l'application sous peine d'être obligé d'avoir recours aux
solvants...
Quelques avantages:
-
toxicité moindre pour les utilisateurs
-
allégement des mesures de prévention
collective (cabines de peintures...)
-
avantage économique :
-
réduction de la consommation de solvants et diluants
-
réduction du risque incendie (et donc des primes d'assurances)
-
simplification du stockage
-
simplification de l'étiquetage....
-
réglementation moins stricte
L'adoption de peintures à l'eau nécessite donc
une certaine adaptation de la part des utilisateurs, mais de plus en plus
les fabricants développent de nouvelles formulations permettant
d'améliorer les propriétés des peintures àl'eau.
Finalement, sauf lorsque cela est techniquement
irréalisable,nous proposons l'adoption d'une peinture en phase
aqueuse lors de l'acquisition d'une nouvelle peinture, ainsi que le
remplacement des peintures solvants encore utilisées, par ces mêmes
peintures à l'eau.
2. Peintures
hydrodiluables :
Parmi les peintures à l'eau, on distingue deux
types : les peintures hydrosolubles et les peintures hydrodiluables. Dans
les peintures hydrosolubles les résines sont en solution dans l'eau,alors
que dans les peintures hydrodiluables les résines sont des particules
en dispersion dans l'eau. Or, la composition des peintures à l'eau
varie en fonction de ces caractéristiques.
La présence de quantités plus importantes
de solvants organiques ainsi que la présence d'amines aliphatiquesdans
les peintures hydrosolubles nous amènent à orienter notre
choix vers les peintures de type hydrodiluable. D'ores et déjà,
certains fabricants de peintures (en particulier les fabricants français)
ont délibérément pris cette option, en orientant leurs
recherches de façon clairement tournée vers les peintures
hydrodiluables.
3.Dérivés
du propylène glycol :
Ayant sélectionné une peinture de type
hydrodiluable, il faut être vigilant quant à la composition
exacte de la peinture retenue. En effet, il s'agit de vérifier en
particulier quels solvants sont présents, et surtout quels éthers
de glycol. L'ensemble des données aujourd'hui disponibles en matière
de risque toxique conduit à exiger des peintures sans dérivés
de l'éthylène glycol, mais contenant les dérivés
du propylène glycol, moins volatiles et surtout moins toxiques
que les dérivés de l'éthylène glycol.
Cependant, leur innocuité à long terme reste
à confirmer, en particulier en matière de mutagénicité
et de cancérogénicité, car la bibliographie reste
pauvre sur ce point.
4. Éviter certains agents
conservateurs ? :
Les enquêtes menées auprès des peintres
suggèrent un risque toxique accru qui pourrait être lié
à la présence de certains agents conservateurs dans les peintures.Les
dérivés de l'isothiazolinone ainsi que le formaldéhyde
sont mis en cause. Faut-il exiger une peinture ne contenant pas ces
agents? Certains auteurs semblent le suggérer. Cependant, les données
disponibles sont encore insuffisantes pour préciser le rôle
exact de ces molécules, ainsi que pour déterminer quels agents
conservateurs seraient plus inoffensifs. Des études plus complètes
seraient nécessaires avant de proposer la suppression de ces substances.
CONDUITE
A TENIR DEVANT UNE PEINTURE INCONNUE
Si, idéalement, le médecin du travail est
le conseiller de l'employeur lors du choix d'une peinture nouvelle, le
quotidien est tout autre : le plus souvent, le médecin du travail
doit gérer, à son arrivée dans l'entreprise, la présence
de nombreuses peintures déjà utilisées depuis plus
ou moins longtemps.
La première difficulté qui se présente
est alors de connaître la composition et les risques toxicologiques
liés à leur manipulation.
Bien souvent, l'étiquetage, obligatoire, reste
pauvre en informations utiles :
-
Le type de résine contenue dans la peinture
peut être précisé, en général dans la
dénomination même de la peinture :
« peinture vinylique», « peinture glycérophtalique
»...
-
Quelquefois, certains solvants sont cités lorsquel
a réglementation l'oblige, mais à condition que la substance
dangereuse soit présente à un certain pourcentage : «contient
du toluène »...
-
La nature de certains pigments minéraux est
également précisée, en fonction de la réglementation
spécifique :
« contient du plomb »...
Le plus souvent, l'intérêt de l'étiquetage
réside surtout dans la mention du nom et des coordonnées
du fabricant, ce qui permet alors, par l'intermédiaire des fichesde
données de sécurité, d'obtenir des renseignements
supplémentaires quant à la composition de la peinture enquestion.
L'arbre décisionnel proposé ci-dessous se
veut une conduite à tenir face à une peinture que l'on ne
connaît pas encore.
Le diagramme résume les quelques questions auxquelles
le médecin du travail doit apporter une réponse. Connaître
une peinture consiste d'abord à en identifier ses principaux constituants:
-
la nature du solvant : organique ou aqueux
-
le type de résine(s)
-
le type de pigments : minéraux ou organiques
-
s'il s'agit d'une peinture aqueuse :
-
le type de peinture : hydrosoluble ou hydrodiluable
-
la nature des éthers de glycol : dérivésde
l'éthylène glycol ou du propylène glycol
L'intérêt d'une telle démarche consisteà
rassembler et à synthétiser l'ensemble des informations nécessaires,
afin de mieux connaître les risques liés à la peinture
étudiée, et par conséquence d'adapter la surveillance
médicale aux risques particuliers.
PRÉVENTION
L'utilisation de peintures à l'eau permet d'alléger
les mesures de prévention collective, puisque l'application par
pulvérisation de peintures en phase aqueuse ne nécessite
pas le recours obligatoire à des cabines de peintures.
En effet, selon le décret n° 47-1019 du 23.08.47
modifié par le décret n° 62-1040 du 27.08.62, la pulvérisation
de peintures ne doit se faire en cabine que si les produits concernés
renferment des mélanges toxiques ou inflammables. Or, « est
considéré comme inflammable tout mélange qui émet
à des températures inférieures à 55° C
des vapeurs susceptibles de prendre feu au contact d'une flamme ».
Le risque incendie - explosion est également mieux
maîtrisé grâce à l'emploi de peintures non inflammables.
2. Prévention
individuelle:
La substitution de solvants organiques par l'eau et d'autres
solvants moins volatiles permet de diminuer, voire de supprimer l'émission
de vapeurs.
Dans ces conditions, il devient pertinent de remettre
en question l'intérêt des équipements de protection
respiratoire individuels, spécialement lors de l'application par
pulvérisation. En effet, les toxiques émis lors de la pulvérisation
de peintures sont représentés par un brouillard d'aérosols-
qui sont les vecteurs de résines, pigments, charges...- à
l'exclusion de gaz et de vapeurs.
Par conséquent, un simple masque à poussières
filtrant les aérosols liquides ne serait-il pas suffisant?
Cette perspective semble particulièrement prometteuse,cependant
elle mérite d'être validée par des études comparatives.
Si l'on peut envisager d'adapter les moyens de protection
individuelle de type respiratoire, en revanche les autres moyens de protection
individuelle se doivent d'être maintenus: il faut continuer à
préconiser le port de vêtements et de gants adaptés,afin
d'éviter tout contact direct avec les peintures.
Rappelons que pour les éthers de glycol, l'absorption
se fait essentiellement par voie cutanée.
Enfin, les règles élémentaires d'hygiène
doivent être respectées: il faut continuer à proscrire
les habitudes telles que boire, manger ou fumer sur les lieux où
sont préparées et appliquées les peintures, et où
sont nettoyés les instruments et le matériel.
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Liens utiles
- Dossier "Ethers de glycol" (INRS)
- Toximed
: base de données toxicologiques pour les artisans peintres et les
médecins du travail pour l'évaluation des risques
Dernière mise à jour Avril 2001
Document réalisé par le Dr Christine KOCH, médecin
du travail
AST du Bas - Rhin ( France )
Évaluation du risque chimique des peintures 1998
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