Modélisation du lien exposition - imprégnation pour l’étude d’un projet de suivi :

cas du styrène monomère et du dichlorométhane technique

M. Petit (1), H. L. Boiteau (2), R. Vincent (3)

(1) Association patronale des services médicaux du travail 3 rue Michel Bégon 41000 Blois

(2) Société études risques toxiques 4 place Alexis Ricordeau 44000 Nantes

(3) I.N.R.S. avenue de Bourgogne B.P. 27 54501 Vandoeuvre-les Nancy

 

Profitant d’une étude, R. Vincent & col., exposition professionnelle au dichlorométhane, cahier de notes documentaires 1994 ; 155 : 157 - 167, le médecin du travail d’un atelier de production de produits styrèniques, a prélevé sur 50 hommes d’âge moyen 30 ans, en début et fin de postes de 7 ou 8 heures, dichlorométhane alvéolaire après 20 secondes d’apnée, mandélurie et phényl-glyoxylurie et analysé les corrélations simples et multiples, linéaires ou curvilignes, avec la technique du stepwise et avec en compléments d’études, les corrélations de rang de Spearman, les droites de Thiel et l’analyse de la covariance appliquée aux zones de productions. La charge d’exposition, variable expliquée, est le produit, durée totale du poste - exposition moyenne.

Styrène : le modèle aboutit à une notion de mandélurie corrigée, rapport du carré de la mandélurie sur la phénylglyoxylurie. Le rapport mandélurie sur phénylglyoxylurie semble jouer un rôle de correcteur temporel compensant le contexte d’expositions longues alternatives aux 2 toxiques, sauf incidents, en fonction des phases de production ou de nettoyage. Ce résultat transforme 2 métabolites biologiques en un indice virtuel unique, qui ici correspond en plus à une norme existante. L’analyse de la covariance fait apparaître un effet, zone de production. Il faut en fait imaginer la droite de corrélation générale constituée d’une succession de tirets locaux mal orientés : une pente paradoxalement négative ou nulle dans une de ces droites locales de zone, doit évoquer une contamination cutanée (débourrages machines) : des points jadis statistiquement aberrants peuvent même devenir des informations.

Dichlorométhane : l’étude fait apparaître une sous-fonction anthropométrique (taille ou surface corporelle) liée à l’exposition et non à l’imprégnation. L’imprégnation est par ailleurs plus significativement exprimée par la racine carrée de la concentration toxique dans l’air alvéolaire. L’effet de ce facteur a été quantifié de façon globalement signée mais l’analyse de la covariance montre qu’en fonction des zones, ce facteur interviendrait positivement ou négativement et plus ou moins intensément en fonction de l’usage de la taille ou de la surface corporelle : face aux sources ponctuelles d’un produit volatil et dense, lors de nettoyages, il faut avancer des hypothèses d’effets négatifs de gradients de concentration ou d’effets positifs de concentration "parabolique" par la surface du tronc, à confronter aux effets de postes par hauteurs habituelles des sources.

L’étude des liens entre expositions aériennes et imprégnations globales n’aboutissent pas à des coefficients explicatifs R² suffisamment importants (0,3 à 0,6) pour créer des abaques mais l’étude prouve que si les valeurs moyennes limites d’exposition (VME) sont incluses dans l’intervalle des expositions observées, l’évaluation du risque de dépassement de cette VME, à partir des indices biologiques est réalisable. Un test construit basé sur la notion d’indice global de risque, somme des rapports exposition sur VME ( ou une fraction de VME, dans le cadre d’un objectif de qualité), pour chaque toxique, est positif quand cette somme dépasse 1. Pour l’ensemble des 2 toxiques étudiés, la sensibilité du test est bonne (95 ou 86 % selon 2 méthodes). La spécificité plus modeste (23 ou 62 %) doit être cependant relativisée : les équations sont établies pour des opérateurs exposés par voie aérienne et cutanée, donc quand un opérateur a été plus exposé que la moyenne par voie cutanée, son exposition calculée est revue à la hausse : une partie des faux positifs résultant du styrène est constitué de faux faux positifs. Pour le dichlorométhane, l’amélioration du test passerait par le remplacement du correctif anthropométrique global par les correctifs de zones. Entre 2 étalonnages des liens, ces techniques permettraient de suivre l’amélioration des aménagements ou de tester séparément l’évolution des liens ergonomiques anthropométriques ou liés aux manutentions polluantes.