En octobre 1997, un patron de PME nous avait interrogé en ces termes : «Docteur, j'ai lu il y a quelque temps un article dans lequel on parle d'un certain Dejours qui développe des idées très intéressantes. Vous connaissez la conjoncture économique, il faut être de plus en plus productif, de plus en plus performant, de plus en plus compétitif. Il y va de la survie de mon affaire. Est-ce que par hasard vous ne pourriez-pas aider «mes salariés» (il ne dit pas encore «mes collaborateurs») à sublimer dans le travail ?» Un tel discours peut faire réfléchir, d'autant plus qu'à l'autre versant, dans le cadre du colloque singulier, un autre discours nous est tenu : «Je n'y arrive plus», «C'est de plus en plus dur», «On nous en demande de plus en plus», «Je suis stressé en permanence», «Je vais craquer», «Je fais des heures à n'en plus finir», «Je ne devrais pas vous le dire, je fais douze à seize heures par jour, payées 39, bientôt ce sera payées 35, et je dois me taire», «Quand je rentre, je ne supporte plus ma famille», «Je finirai par divorcer», «J 'en arrive à ne plus gérer que le quotidien, et encore» ...