THÈME 1 : ÉVALUATION DU RISQUE CHIMIQUE EN MILIEU DE TRAVAIL

Rapporteur :

Groupe de travail : PRÉAMBULE : M. GUILLEMIN

La gestion des risques professionnels s'est réalisée très longtemps de manière empirique en réaction aux problèmes qui apparaissaient. Ce n'est que depuis quelques années que ce domaine se structure et se «professionnalise» sous la pression sociale et économique de notre société qui se trouve confrontée à l'évidence que la qualité des conditions de travail et la prévention des accidents et des maladies professionnelles ne peuvent être exclues des principes de qualité totale et de management de l'environnement qu’imposent actuellement la globalisation du marché.
Le premier thème de ces journées nationales de médecine du travail concerne l'évaluation du risque chimique en milieu de travail. Le groupe de réflexion qui a préparé la présentation de ce thème a voulu l'intégrer dans de nouveaux concepts de la gestion du risque qui reposent sur deux principes fondamentaux :

La santé et le bien être des salariés sont une richesse de l'entreprise qui doit être préservée et développée au même titre que la qualité de la production et le développement économique, et ceci avec les mêmes outils de management.

Le domaine de la gestion du risque est essentiellement pluridisciplinaire, car les compétences nécessaires sont extrêmement diverses.

Une équipe de santé au travail idéale serait constituée notamment des spécialistes suivants :

L'évaluation du risque chimique n'est donc qu'une facette et un élément particulier de cette gestion du risque et il est important de garder cela à l'esprit et d'être conscient que nous allons nous focaliser sur un seul type de risque, qui n'est pas toujours le plus significatif.

INTRODUCTION : B. FONTAINE

L'évaluation des risques chimiques devient une tâche prioritaire, imposée à l'employeur par les directives européennes dont la dernière datée du 07/04/98 porte le n° 98/24/CE. Ce dernier doit se faire conseiller par l'équipe de santé au travail et pouvoir fournir les bases sur lesquelles il a fondé son évaluation. Le but de ce rapport est de proposer une méthodologie applicable illustrée d'exemples concrets, après avoir rappelé les notions de danger et de risque.

Phase I : Connaissance du produit et de ses utilisations prévues
B. FONTAINE

Cette première étape de recensement nécessite la participation des différents acteurs (acheteurs, utilisateurs, fournisseurs, consultants, CHSCT) pour appréhender la gestion des flux de produits dans l'entreprise.
La connaissance des produits viendra en partie de la lecture des fiches de données de sécurité, dont les différents points devront être lus de manière critique, d'où la nécessité d'un travail en équipe.

Phase II : Identification des dangers
B. FONTAINE

Une fois ce recensement et cette collecte terminés, commence le travail d'identification des dangers, basé essentiellement sur le dépouillement des phrases de risque. Quand il s'agit d'une substance, i.e. d'un produit chimique pur, ne contenant éventuellement en sus de celui-ci que des traces de stabilisants ou d'additifs, il est facile de vérifier que ces phrases sont bien celles réglementairement prévues, et publiées au journal officiel de la CEE. La tâche est plus ardue quand il s'agit d'une préparation, c'est à dire d'un mélange de plusieurs substances, dont les pourcentages relatifs sont souvent calculés à dessein pour minimiser de manière tout à fait légale la gravité des avertissements pour l'utilisateur. Le problème est plus ardu pour les produits dépourvus de FDS ou soumis à des réglementations particulières qu'il est nécessaire d'appréhender avec la même rigueur.
Le dépouillement de ces phases de risque devra se faire de façon globale, appréhendant les effets sur l'homme et sur l'environnement, en intégrant dès ce stade des variations possibles de dangerosité en fonction d'autres facteurs (sujets plus fragiles, interférences avec des habitudes ou avec l'environnement).
A l'issue de cette phase, il est déjà possible d'effectuer un premier tri et de s'opposer à l'emploi de certains produits dont la toxicité est démesurée par rapport à l'usage.

Phase III : Étude des situations de travail
J. BELLAGUET

Cette phase, volontairement pratique, est traitée sous forme d'exemples illustrés , tirés de situations réelles.
Une démarche ergonomique est nécessaire, comprenant en particulier une familiarisation avec l'entreprise, une observation du travail réel et sa comparaison avec le travail prescrit, sans oublier une analyse des conditions de marche dégradée et de maintenance. Cette étude de poste permettra également de déceler des expositions chimiques à des risques non recensés précédemment (produits de pyrolyse, interactions…).
A l'issue de cette troisième phase, seront bien connus le nombre de sujets exposés et leurs catégories socioprofessionnelles (indispensables à bien cerner pour définir des conseils de prévention adaptés), le type d'utilisation des produits, les voies de pénétration à l'intérieur de l'organisme, en particulier l’inhalation et la voie percutanée, et le risque pour l'environnement.

Phase IV : Évaluation du risque
M. GUILLEMIN

L’évaluation du risque, prenant en compte les risques aigus et chroniques, sera d’abord subjective, basée sur le jugement professionnel, puis complétée par une évaluation quantitative.
Comme pour toute démarche de ce type, une politique d'assurance qualité s'impose à tous les niveaux. Les paramètres nécessitant une mesure seront définis et les valeurs seuils individuelles , ou les indices cumulés pour les mélanges, seront précisés avant la réalisation de la métrologie qui se déroulera suivant une stratégie d'échantillonnage et des techniques de prélèvement préalablement choisies.
La métrologie d'ambiance sera si possible complétée très utilement par la surveillance biologique, qui doit répondre à la même chaîne d'assurance qualité. La surveillance biologique permet seule d'intégrer la pénibilité physique du poste de travail, la totalité des voies d'exposition et les facteurs propres à l'individu.
Les résultats devront être analysés et confrontés aux valeurs seuils, puis interprétés au niveau collectif et individuel, avant communication.

Phase V: Maîtrise du risque
P. Philippidès

La philosophie de cette phase et sa hiérarchie sont aussi issues des directives européennes, substitution ou vase clos quand c'est possible, à défaut limitation du nombre de personnes exposées, protection collective primant sur la protection individuelle par EPI. Il est cependant une protection individuelle fondamentale, celle de la connaissance du risque par les opérateurs, connaissance acquise par des actions d'information et de formation, en particulier la création, avec l'aide du CHSCT, de notices au poste de travail bien adaptées aux utilisateurs . Enfin, ne pas oublier qu'un risque supprimé peut en générer un nouveau, et que négliger l'environnement finit toujours par nuire à l'homme.