THEME 3
LE MEDECIN ET L'EQUIPE DE SANTE AU TRAVAIL, CONSEILLERS DES PETITES ET MOYENNES ENTREPRISES
 
Rapporteur : Dr Brigitte Jeancolas, Association interentreprises de médecine du travail, AMETRA - Metz.
Contact presse : Patrice Heintz Conseil - Tél. 03 88 83 38 39 - Fax 03 88 81 30 38

COMMENT DONNER PLUS DE PLACE AU CONSEIL ?

Premier problème recensé par le rapport, le temps consacré au travail de terrain dans l'entreprise et au conseil est souvent "rogné" par le temps passé à assurer les visites obligatoires des salariés. Le "tiers temps", c'est-à-dire le temps passé dans l'entreprise même, se résume souvent à un "quart temps", voire moins. Le manque de temps est aggravé par le nombre insuffisant de médecins du travail pour assurer l'ensemble de leur mission, actuellement, un médecin du travail exer?ant dans un service interentreprises "suit" en moyenne 300 petites et moyennes entreprises, soit environ 3000 salariés.
Le rapporteur se demande donc s'il ne serait pas judicieux d'assouplir la périodicité annuelle des visites obligatoires, au moins pour les salariés n'occupant pas de fonction "à risque particulier", afin de dégager plus de temps pour la présence du médecin dans l'entreprise. Sans remettre en cause le principe de la visite, qui constitue un élément important de la perception de la santé du salarié et de la connaissance de son environnement professionnel, celle-ci pourrait être optimisée en fonction des besoins du salarié comme de l'entreprise : "la législation a peu évolué dans ce domaine depuis 1946, note le Dr Jeancolas, alors que les conditions de travail, elles, ont connu des bouleversements significatifs qui imposent des adaptations".
 

SAVOIR CONSEILLER...ET LE FAIRE SAVOIR

Mais, au delà d'une meilleure disponibilité en temps, les médecins doivent aussi mieux faire conna?tre leur compétence en matière de conseil. Plusieurs études effectuées dans les PME ont montré que, si les employeurs reconnaissent la compétence du médecin du travail en ce qui concerne le suivi des salariés et la détermination des aptitudes, ils ignorent trop souvent que les médecins du travail peuvent les aider dans des domaines aussi divers que l'amélioration des rythmes et des conditions de travail, l'évaluation des nuisances ou l'hygiène générale de l'établissement. Certains employeurs peuvent avoir besoin de faire appel à des spécialistes d'hygiène ou à des "ingénieurs sécurité" pour régler ces problèmes, et les services de médecine du travail devraient donc pouvoir mettre à leur disposition de tels intervenants, tout en coordonnant leur action. L'Association de Médecine du Travail de Metz (AMETRA) est d'ailleurs l'un des quelques services interentreprises du pays à disposer déjà, en plus de ses médecins, d'un ingénieur ergonome employé à plein temps. Ce dernier, intervient face à des demandes spécifiques des médecins, et agit sur l'ensemble des problèmes d'adaptation du travail à l'homme, en apportant ses compétences spécialisées qui complètent et affinent la démarche du médecin du travail. "Le médecin du travail ne peut plus prétendre travailler seul et tout savoir", estime le rapport, alors qu'une activité de conseil effectuée gr?ce à un travail pluridisciplinaire peut au contraire non seulement répondre au besoin de l'entreprise, mais garantir la spécificité de l'acte et de l'intervention du médecin. En tant qu'interface entre le salarié et l'entreprise, le médecin pourra ainsi, en collaboration, contribuer à résoudre un problème "technique" tout en conservant son rôle de "protecteur de la santé du salarié", ce qu'un ingénieur seul, par exemple, n'est pas à même de faire.

Outre les médecins eux-mêmes, les services de médecine du travail interentreprises devraient aussi mettre en avant les compétences des médecins en matière de conseil, alors qu'ils donnent trop souvent l'impression aux entreprises, selon le Dr Jeancolas, que toute l'activité des médecins est axée sur la visite. Il y a là, selon elle, un effort de "communication externe", pour mieux faire conna?tre aux employeurs la "gamme de prestations" que peut leur offrir la médecine du travail.
 

APPRENDRE A PARLER LE LANGAGE DE L'ENTREPRISE

Les médecins devraient aussi montrer aux employeurs qu'ils sont des "partenaires à part entière de l'entreprise". "Nous connaissons souvent trop mal les réalités et l'environnement économique dans lequel évoluent les entreprises", reconna?t le
Dr Jeancolas. "Si nous voulons proposer des améliorations dans l'entreprise, notre conseil aura d'autant plus de chance d'être suivi d'effets que nous parlerons le même langage que l'employeur". Sans accepter pour autant que des impératifs de rentabilité à court terme ou des mesures d'économie ne viennent menacer la santé des salariés, les médecins devraient conna?tre les contraintes économiques ou techniques des entreprises et "faire passer leur message" en développant un véritable dialogue avec elles.

Pour le rapporteur, une proposition faite par un médecin du travail concernant l'amélioration d'un poste de travail ou une mesure de protection de la santé constitue un "échec" lorsqu'elle n'est pas suivie d'effets par l'employeur. "Cet échec pourrait souvent devenir un succès si nous apprenions à mieux présenter notre point de vue à l'entreprise en dialoguant avec elle; gr?ce à ce dialogue et à la confiance, les médecins pourront aussi mieux assurer leur rôle, car les propositions qu'ils formulent auront plus de chances d'être comprises et entendues par les employeurs. De plus, les médecins devront apprendre à montrer à l'employeur l'intérêt de meilleures conditions de travail non seulement pour le salarié, mais aussi pour l'entreprise".
 

UNE MEILLEURE FORMATION AU CONSEIL POUR PREPARER L'AVENIR

Outre l'amélioration de la communication "interne et externe" vis à vis des entreprises, les médecins devraient aussi veiller à ce que leur formation prenne mieux en compte ces nouveaux aspects et ces exigences : les médecins doivent avoir de meilleures connaissances en économie et en gestion, pour favoriser justement le dialogue et la compréhension de l'entreprise. "Nous sommes formés comme des thérapeutes, mais pas comme des conseillers", regrette le Dr Jeancolas, qui note de surcro?t que "la formation initiale ne s'est pas adaptée non plus à l'évolution des risques professionnels" : les problèmes posés par l'organisation actuelle du travail et l'émergence de nouveaux risques, technologiques, environnementaux mais aussi "psychologiques" ne sont pas assez abordés dans leur enseignement. De même, les médecins en exercice devraient bénéficier eux aussi d'une formation continue qui tienne compte de ces nouvelles évolutions.

"Si nous n'évoluons pas vers le conseil, le dialogue et la pluridisciplinarité, conclut le Dr Jeancolas, nous risquons de voir notre rôle et notre fonction de conseiller de plus en plus remis en cause, au profit d'autres spécialistes qui répondront à notre place aux attentes des entreprises". Mais tout le monde aurait à perdre d'un effacement du rôle du médecin du travail, le salarié lui même, comme l'entreprise. Car il est le seul à "avoir le double regard homme / situation de travail". "En améliorant notre efficacité dans tous ces domaines, en faisant mieux prendre conscience aux entreprises des enjeux que représente la santé au travail, nous serons véritablement reconnus comme les conseillers et les partenaires", termine-t-elle. Ainsi, l'adaptation et la "modernisation" de la médecine du travail constitue non seulement une des conditions de son avenir et de son développement futur, mais permettra aussi de répondre aux attentes des entreprises tout en garantissant et en améliorant la santé des salariés qui reste, elle, l'objectif principal et incontournable du médecin du travail.
 
 

Le rôle du médecin du travail en tant que conseiller : 
textes réglementaires
 
 
    En matière de conseil, l'activité du médecin du travail est codifiée par les articles R 241 - 41, 241-42 et 241-43 du code du travail : 

    L'article R 241-41 définit son rôle : "le médecin du travail est le conseiller du chef d'entreprise ou de son représentant, des salariés, des représentants du personnel, des services sociaux en ce qui concerne notamment : 

    • l'amélioration des conditions de travail et de vie dans l'entreprise
    • l'adaptation des postes, des techniques et des rythmes de travail à la physiologie humaine
    • la protection des salariés contre l'ensemble des nuisances et  notamment contre les arrêts de travail ou l'utilisation de produits dangereux
    • l'hygiène générale de l'établissement, des services de restauration
    • la prévention et l'éducation sanitaire dans le cadre de l'établissement en rapport avec l'activité professionnelle."
    De plus, l'article R 241-42 ajoute : "le médecin du travail est obligatoirement associé à l'étude de toute nouvelle technique de production, à la formation des secouristes. Il sera consulté sur des projets de construction et d'aménagement nouveaux, de modifications apportées aux équipements." 

    Enfin, l'article R 241-43 stipule que l'employeur doit obligatoirement tenir compte de l'avis formulé par le médecin sur la fiche d'aptitude, (aménagement de poste, reclassement professionnel, changement de poste...).