Cinq questions simples pour approcher la dimension mentale des troubles musculosquelettiques.
Application à une étude sur 213 salariés. 

Une connaissance adéquate des troubles musculosquelettiques (T.M.S.) liés à un travail, première étape d'une réelle prévention, se doit d'intégrer la dimension psychologique vécue par les salariés. A l'étude ergonomique du poste de travail, au questionnaire analysant les problèmes de l'appareil locomoteur du type "Questionnaire nordique standardisé", il est nécessaire d'adjoindre un outil d'évaluation de cette dimension psychologique. Cet outil doit être adapté au type d'intervention du médecin du travail en entreprise, c'est-à-dire lier pragmatisme, rapidité et efficacité.

C'est ce qui a été tenté au sein d'une grande entreprise dans l'étude d'un poste de conditionnement de 18 ouvriers ; 154 autres ouvriers et 41 employés administratifs ont constitué 2 groupes témoins.

Il était proposé au sujet de cocher, sur une échelle linéaire allant de "aucune" à "extrême", le niveau de 5 caractéristiques de ressenti du travail : force musculaire requise, concentration requise, monotonie, stress, pénibilité générale.

L'analyse a porté sur la liaison des caractéristiques psychologiques du travail entre elles après transformation de l'échelle en note de 0 à 9, leur place dans le sentiment de pénibilité générale, leur liaison avec l'âge ainsi qu'avec le type de travail et la présence ou non de problèmes locomoteurs.

La prévalence des T.M.S. sur les derniers 12 mois était de 100 % dans le groupe de conditionnement, 57,8 % chez les autres ouvriers, 53,7 % chez les employés administratifs. Le nombre de localisations touchées augmente directement avec l'âge.

Tous les scores de vécu du travail sont plus importants chez les ouvriers de conditionnement, sauf le stress et la concentration, plus importants chez les employés administratifs.

A l'intérieur de chaque groupe, tous les scores sont plus élevés dans le sous-groupe présentant des T.M.S.
 

La régression multiple prenant en compte comme variable dépendante le sentiment de pénibilité générale du travail fait apparaître une forte liaison avec la force nécessaire, la monotonie, le stress et l'âge, ceci quel que soit le type de travail.

En régression logistique, la probabilité de présenter au moins 1 localisation de T.M.S. est liée à l'âge supérieur à 40 ans (OR = 3,27 [1,59-6,72]), au travail de conditionnement (OR = 5,26 [1,16-25,0]), à un score de pénibilité générale supérieur à 5 (OR = 2,60 [1,13-5,96]).

En conclusion, il apparaît que si les 5 paramètres du vécu sont peu utiles au niveau individuel en tant qu'indicateurs psychométriques, ils se révèlent bien comme des descripteurs ponctuels du vécu psychologique d'une communauté de travail par l'existence de liens très significatifs avec ses plaintes somatiques et ses conditions de travail. Peu importe que l'excès des scores étudiés soit facteur ou conséquence de la souffrance somatique (les T.M.S.) : il est lié à cette souffrance et aux conditions de travail. Il ne peut être négligé ni dans le diagnostic ergonomique ni dans la recherche de solutions.

Il constitue, en outre, un facteur d'aide à la décision dans la détermination des priorités d'action de prévention.